jeudi 19 septembre 2019

A Actualité politique

François Alfonsi, député européen: "Procès d'Alain Mosconi et des marins du STC : le monde l’envers"

La privatisation marches forcées de la SNCM est un des scandales les plus retentissants de l’ère Villepin-Chirac. Mais le procès qui va s’ouvrir n’est pas celui des escrocs. C’est celui des syndicalistes dont la dénonciation musclée du scandale financier avait débouché sur la remise en cause du premier projet concocté aux profit des amis de Dominique de Villepin… …notamment Walter Butler, propriétaire du fonds d’investissement désigné par le premier ministre pour reprendre la totalité de la compagnie. Walter Butler n’en a repris que 38%, mais il a quand même raflé 60 millions d’euros sur le dos de l’État et des contribuables.

Mais ce sont les syndicalistes corses qui sont menacés de jusqu’ dix années de prison et de perdre leur emploi. Véritablement le monde l’envers !

Au printemps 2006, le gouvernement décidait la privatisation de la SNCM, société d’Etat titulaire du service public de desserte maritime de la Corse. Le gouvernement de Dominique de Villepin, alors premier ministre, après un simulacre d’appel d’offres, annonçait que la compagnie serait cédée en totalité Butler Investissements pour 35 millions d’euros. Cette décision provoqua un tollé. Véolia, qui avait concouru l’appel d’offres, était écarté, malgré ses références avérées dans le domaine des transports, au profit d’un fonds d’investissement totalement dépourvu de compétences pour gérer une compagnie maritime. Quant au prix, ridiculement bas, il est contesté avec véhémence : la seule valeur des bateaux, même en cas de cessation immédiate d’activités, est alors estimée 10 fois ce montant par les syndicats. Dès lors, Butler pourrait faire plusieurs fois la culbute sur son achat dans les mois qui suivent, simplement en revendant les bateaux. Les salariés, inquiets pour leurs emplois, mènent alors une lutte largement soutenue par la population. Cette mobilisation, durant laquelle le STC a occupé une place essentielle, a duré plusieurs semaines. Elle a été notamment marquée par l’appareillage de Marseille du Pascal Paoli, toute récente acquisition de la défunte SNCM, avec ses commandes les marins du STC bien décidés ramener en Corse un patrimoine financé par les fonds de la continuité territoriale sur lequel Butler allait faire main basse.

C’est pour ces faits qu’Alain Mosconi et ses amis sont déférés devant les tribunaux, avec la clef des sanctions très lourdes (jusqu’ 10 ans de prison) et la perte de leur emploi. Or l’action des « révoltés du Paoli » a eu des effets indéniablement salutaires pour la Corse, et, depuis les faits, la vérité a éclaté propos du scandale Butler. En effet, suite la grève, le montage final du capital a repêché Veolia qui a repris 28% des parts, tandis que Butler Investissements en récupérait 38% au lieu de la totalité prévue initialement. L’État était contraint de garder 25%, 9% allant aux salariés. Et surtout, travers Veolia, la compagnie SNCM bénéficiait d’un partenariat crédible, capable d’en assurer le fonctionnement économique. Courant 2008, ce qui était prévisible s’est produit : Butler a revendu ses 37,71% du capital de la SNCM Veolia désormais seul actionnaire avec l’État et les salariés. Corsica Ferries, qui suit de près le dossier en tant que concurrent historique de Veolia, épluche les comptes de cette dernière et révèle le pot aux roses : Butler a récupéré 73 millions d’euros alors qu’il en avait versé 13 millions deux ans auparavant ; soit un gain de 60 millions en deux ans peine. En pleine tourmente financière, il s’agit sans doute l d’une plus value historique pour un fonds d’investissement ! En fait il s’agit d’un véritable acte de piraterie mené au sommet de l’État …. et c’est Alain Mosconi qui est poursuivi pour piraterie !!! Le comble dans cette histoire est qu’en forçant l’État conserver 25% du capital de la compagnie, les syndicalistes ont permis ce dernier de réaliser une plus value proportionnelle sur ses parts, soit environ 50 millions d’euros.

Et c’est ce même État qui s’apprête les faire condamner lourdement, et les faire licencier de la compagnie dont ils ont, par leur action, assuré le sauvetage. Le comble du cynisme d’État, et la caricature d’une justice coloniale ! Le sort réservé Alain Mosconi et ses amis est proprement révoltant. Il évoque celui qui a été appliqué en Kanaky aux syndicalistes de l’USTKE, et leur dirigeant Gérard Jodar, actuellement emprisonné pour avoir porté « entrave la circulation d’aéronefs », et condamné par un jeu de révocation de sursis antérieur, passer 18 mois derrière les barreaux. Il est inouï qu’un syndicaliste kanak soit aussi lourdement condamné alors que, par exemple, le sénateur Gaston Flosse, ami de Jacques Chirac et responsable de substantiels détournements de fonds publics Tahiti, reste libre et impuni. La condamnation d’Alain Mosconi alors que Walter Butler bénéficie impunément de ses scandaleuses plus values serait un scandale révoltant. En Corse, comme en Kanaky, la justice coloniale est l’œuvre.

François ALFONSI

Député européen

1er Novembre 2009

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