jeudi 22 aot 2019

A Actualité politique

Hommage Jean-Jacques de Félice

Jean-Jacques de Felice nous a quitté ….

L’USTKE tient tout d’abord a exprimer sa solidarité et ses très sincères condoléances sa famille, ses amis et toutes celles et ceux qui auront partagé son combat.

Ici en Kanaky nous saluons toujours la mémoire de ceux que nous appelons respectueusement nos vieux. Jean-Jacques de Felice fait partie de ceux la. Nous lui devons le respect et l’humilité qu’il convient d’avoir devant cet avocat, ce grand homme qui tout au long de sa vie aura lutté pour la dignité humaine.

Maitre de Felice a su , malgré parfois des opinions publics hostiles, défendre la cause de ceux pour qui d’autres n’avaient pas le courage de plaider.

Ce grand homme avait une conception de la justice qui avait largement dépassé l’enceinte des tribunaux Français. Pour lui la justice n’était pas qu’une affaire de tribunal mais avant tout la conception d’un humanisme avec un grand H.

C’était un avocat animé par la soif de justice pour tous.

Plus qu’un métier c’était pour lui une question de conviction, d’engagement personnel au service des autres et notamment de ceux qui souffraient dans leur chair, leur dignité, qui souffraient de ne pas être reconnu en tant qu’individu ou peuple différents.

C’est ainsi qu’il aura su défendre et porter la lutte du peuple Kanak pour son émancipation. Ce combat qui est le nôtre, il a su, lui qui n’était pas d’ici le faire valoir y compris au niveau de l’Etat Français. Le peuple Kanak ne peut rester indifférent son départ.

Maitre, nous ignorons quelle était votre conception de l’au-del mais si vous nous entendez, nous vous prions d’accepter nos remerciements pour tout ce que vous avez fait pour nous et les autres sur cette terre. Nous nous inclinons avec respect et humilité devant vous et comme nous avons coutume de le dire dans ces circonstances, nous nous faisons tout petit devant l’homme, le vieux qui nous aura tant apporté.

Cher Maitre, cher Jean-Jacques de Felice, l’USTKE ne vous oubliera pas.

Le grand militant que vous étiez devra rester pour nous un exemple.

Le Président de l’USTKE

Gérard JODAR


Hommage Jean Jacques de Félice

Tribunal Correctionnel de Millau le 2 Juillet 1976. Jean Jacques de Félice défend un groupe de Paysans du Larzac poursuivis en flagrant délit pour avoir pénétré dans le Camp Militaire et avoir « emprunté » les documents qu’ils cherchaient. Ils ont trouvé les preuves que l’Armée, tout en faisant mine de négocier, rachète en secret les fermes de gros propriétaires fonciers spéculateurs, pour pouvoir agrandir le camp militaire dont les Paysans bloquent depuis 4 ans l’extension par des actions non violentes inspirées de Gandhi et de Lanza del vasto. Il y a parmi le groupe des prévenus un certain José Bové. J’ai 25 ans, jeune avocat, je suis venu de Montpellier écouter plaider Jean Jacques de Félice. Il a presque le double de mon âge. Nous ne nous quitterons plus.

Je découvre ce jour l que l’on peut exercer notre profession en cohérence avec ses convictions, que l’on peut vivre notre profession comme un engagement au service des droits de l’Homme, concrets et effectifs. Jean Jacques m’engage dans la défense des Paysans du Larzac, comme il m’engagera plus tard dans celle des indépendantistes polynésiens, puis des kanaks en Nouvelle Calédonie.

Nourris la même culture protestante du service et de l’engagement, il m’enseignera jusqu’au bout la simplicité, l’humilité mais aussi l’intransigeance dans le combat lorsqu’on sait la cause juste, lorsqu’il s’agit de défendre les faibles contre les puissants.

Nous nous retrouverons ensemble défendre les objecteurs de conscience, José Bové et ses compagnons « démonteurs » du Mac Do de Millau, les désobéissants civils et lorsque j’ai commencé intervenir devant les juridictions pénales Internationales j’ai toujours partagé avec Jean Jacques cette aventure judiciaire et humaine bouleversante. Je l’avais appelé il y a quelques semaines pour lui demander conseil dans la défense du premier Khmer Rouge poursuivi devant le Tribunal Spécial au Cambodge. Comment retrouver l’Homme au-del du crime terrible dont on l’accuse ? Nous devions nous voir prochainement pour en parler. Jean Jacques est parti avant. Il s’amusait de ce que je le considérais comme mon Maître, mon père spirituel. Mais aujourd’hui nous sommes nombreux nous sentir orphelins, proches, si proches de Irène Terrel et Claire leur fille.

Jean Jacques n’était pas un homme des médias. Son regard, sa voix portaient trop loin pour être enfermés en une formule de 15 secondes pour le JT ! Son regard embrassait le Causse du Larzac où il aimait tant retrouver ses amis. Sa voix savait aussi faire silence … comme cette plaidoirie qu’il commença… en se taisant pendant de longues minutes sous le regard incrédule du Tribunal. « Je voulais vous faire comprendre le silence dans lequel est enfermé mon client dans sa prison… C’est long n’est-ce pas ? » Et encore s’adressant aux jurés de la Cour d’Assises de Tahiti dans l’affaire de l’Ile de Faïté (30 accusés suite un délire mystique ayant entrainé la mort par exorcisme de 6 personnes ) : « je vous ai regardé… les regarder, ces accusés qui sont aussi vos frères, vos enfants de Polynésie… » Une autre fois il plaidait en leur présentant un coquillage et dissertait sur les hommes du grand Océan du Pacifique.

Jean Jacques était un poète humaniste, intransigeant, en état permanent de légitime révolte contre l’injustice, notamment coloniale. Ne se laissant jamais enfermer dans le dossier pénal, Jean Jacques lisait livre ouvert dans le cœur, l’histoire, les révoltes de ceux qu’il défendait.

Voil , Jean Jacques nous quitte et fait mentir le dicton selon lequel l’élève doit un jour dépasser le Maître. On ne peut se hisser la hauteur d’un Avocat humaniste comme Jean Jacques de Félice. On ne peut que tenter de mettre ses pas dans les siens, pour s’approcher de soi même. « Esprit qui les fit vivre / Anime leurs enfants/ Pour qu’ils sachent les suivre » chantent les Cévenols en hommage aux révoltés Camisards…

A Dieu Jean Jacques. Repose en Paix. La terre des Cévennes, du Larzac, de Polynésie, de Kanaky, te pleure et te chante la fois.

Au moment de ton départ je serai en prison en Afrique, debout aux côtés d’un détenu, l où tu m’a appris qu’est la place de l’Avocat. C’est l’hommage que je te dois. Merci.

Arusha TPIR le 29 Juillet 2008

François ROUX Avocat. Montpellier


Chères toutes et chers tous

Nous venons d'apprendre la mort de notre ami Jean-Jacques de Félice. C'est un ami et camarade de toujours que nous perdons aujourd'hui qui a su s'engager dans de nombreuses causes, dont celle du peuple kanak qui lui tenait particulièrement cœur.

Il était d'ailleurs depuis plus de vingt ans président de notre association, l'AISDPK (Association information et soutien aux droits du peuple kanak).

Nous nous associons la peine de sa famille et de tous ses camarades.

Une cérémonie d'hommage aura lieu jeudi 31 juillet 14 heures au crématorium du Père Lachaise.

Pour le bureau de l'AISDPK: Isabelle Leblic et Mehdi Lallaoui

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