jeudi 19 septembre 2019

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Fête de l'Huma 2005

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Journal l'Humanité


Rubrique Politique


Article paru dans l'édition du 12 septembre 2005.


La fête puissance jeunes


L'édition 2005 a accueilli plus de six cent mille personnes. Au centre des débats les nouvelles perspectives a gauche et les luttes contre la politique de casse du gouvernement.


Un cheval a-t-il vraiment traversé samedi après-midi le ciel du parc de La Courneuve au-dessus de la Fête de l'Humanité i La pluie cessait. Tenace, légère mais insidieuse, elle avait fini par agacer sérieusement, et le ciel chargé, sombre, ne semblait pas devoir céder. Et puis le bleu était venu et les petits canards jaunes et rouges du stand de pêche aux canards en avaient semblé heureux. Puis le cheval donc était passé. C'était un ballon, mais tout de même... Julien et Andréa étaient assis par terre, sur l'herbe encore mouillée, devant les photos de SebastiaEo Salgado, tout au centre de la Fête a côté de l'agora d'où venaient des bribes de phrases de celles que l'on entend partout ici... « Droits de l'homme », « justice »... Ou ceci, pris au vol : « Comment peut-on dire que l'on va conquérir Mars et renoncer a reconquérir les déserts qui s'étendent sur notre Terre i » Les photos de Salgado, justement. Plusieurs dizaines de très grands formats : eau et sécheresse. Ici la silhouette d'une incroyable élégance d'oiseau d'un adolescent, en Inde, plongeant dans une rivière ; plus loin la détresse d'hommes et de femmes devant leur terre craquelée. « Elles sont bouleversantes », dit Andréa des photos. Ils viennent de Lorraine, ils ont vingt ans c'est leur première fête. « C'est géant, c'est tellement loin des clichés sur les communistes il y a des tas choses différentes. Il y a de la fraternité ici. » Julien pourtant se dit « lassé » de la politique. C'est dur a entendre, lourd... Il va plus loin : « On nous parle tout le temps de la croissance économique mais il n'y a pas que cela, il faudrait parler de croissance des hommes des idées... » Et il demande : « Vous êtes au courant de ce qu'il faut faire pour être correspondant de l'Humanité i » Il parle de l'opération lancée a la Fête pour ouvrir pendant plusieurs mois des pages du journal a des jeunes. Il donne son nom. Ils sont plus de trois mille a l'avoir fait, a vouloir y participer.


Luttes d'hier et luttes d'aujourd'hui


« Ce gouvernement a peur de la jeunesse », lance Jessica depuis l'agora, lors d'un débat sur les lycéens et leurs luttes de l'an passé. Oui, sans doute... De cette jeunesse qui souffre, que le pouvoir soumet toujours plus a la précarité. Cette même jeunesse qui a fait sa fête de la Fête de l'Huma. Vendredi soir, samedi soir avec le groupe Hot Springs avec Mickey 3D, avec des dizaines de groupes des dizaines de milliers de jeunes ont dansé, chanté, explosé. « Devant la grande scène, c'était blindé, je n'ai jamais vu autant de monde », dit un habitué. Ils ont des vêtements bizarres des jeans qui traînent a terre, elles ont des robes compliquées parfois des chapeaux de paille destroy, des tee-shirts qui détournent des slogans publicitaires. « Orange », le nom l'opérateur de téléphonie mobile, devient « On mange ». Et la Fête, ils la trouvent super, c'est génial, il y a de la musique partout, et en même temps « les gens se parlent, ici, il n'y a d'animosité nulle part ». « On sent que les gens se rassemblent, avec des idées », dit Antoine, qui a retenu aussi des expos dans des stands « sur la guerre d'Espagne, les Brigades internationales. C'est important de se souvenir de ca aussi ». Comme de la torture en Algérie, le vendredi soir au stand bondé des Amis de l'Huma avec Henri Alleg, et de tant d'autres moments de l'histoire, un peu partout, Charonne, la Commune... Mémoire. Luttes d'hier, luttes d'aujourd'hui. 220 débats. Des appels aux manifs du 4 octobre. Contre la casse sociale. Les cent jours de Dominique de Villepin qui sont un Waterloo... Au stand des sans-papiers où l'on demande un soutien, une femme d'une quarantaine d'années s'arrête et ouvre son porte-monnaie. Son fils est avec elle. Il a seize ou dix-sept ans et ouvre lui aussi son propre porte-monnaie. Petits gestes de solidarité, courants d'humanité. Jeudi soir après l'inauguration de la fête, un jeune militant communiste n'en démordait pas : « Être communiste, c'est être humain... » Certes. C'est court mais c'est peut-être ca d'abord pour tous ceux qui se retrouvent la . Pas tous communistes bien sûr, car la Fête désormais est une fête de la gauche, du mouvement social, de toutes celles et ceux qui cherchent un autre monde. L'autre soir a la télé, dans un documentaire, le sénateur Robert Kennedy, assassiné depuis citait dans un discours une phrase de Bernard Shaw : « Il y a ceux qui regardent la réalité et qui disent c'est comme ca. Moi je rêve a l'impossible et je dis pourquoi pas i » Pas mal, au fond, ce Kennedy-la . Au stand du Conseil national du PCF où l'on est invité a formuler ses voeux sur une petite carte, un homme d'une cinquantaine d'années écrit ceci : « Pour un vrai partage des richesses. » Il est membre du Parti socialiste. Il a voté « non » au référendum, il vient a la Fête depuis quatre ans par sympathie, avec des amis communistes. Il pense que « la gauche s'est un peu égarée, un peu reniée ». Ils sont de Reims. Tous deux enseignants. Ils se présentent eux-mêmes comme « des sympathisants socialistes décus ». Ils sont venus a la Fête, toujours selon leurs mots « pour renouer, peut-être, avec un espoir a gauche ». Gilles a une trentaine d'années il est venu de Marseille. Il est ouvrier chez Nestlé. « L'usine devait fermer mais le groupe a plié. On a lutté 17 mois... » Il a été membre du PCF puis il l'a quitté mais pour lui, la venue de la secrétaire nationale du PCF dans l'entreprise a eu d'un grand poids pour obtenir une table ronde. La gauche, le PCF, Dieu sait, comme des dizaines de milliers de participants a la Fête, s'il en a été question ces trois jours. Et bien autrement qu'avec le chahut de quelques minutes a l'arrivée dans l'agora de telle personnalité socialiste.


Pluie, pas pluie i Qu'importe,


Il y avait a l'agora plus de mille personnes mais il y en avait presque autant dès le matin au stand du Conseil national du PCF pour un autre débat, déja , avec les acteurs du « non », pour chercher une perspective, ensemble. On l'a bien senti tout au long de la Fête : le 29 mai a redonné confiance a toute une partie de la gauche, aux communistes dont on a pu entendre dans la bouche d'un intervenant - socialiste - qu'ils étaient un centre de gravité. Pleuvrait-il le dimanche en milieu d'après midi i Peu importait désormais car la musique continuait, comme avec des airs de valse, des battements sourds de sono plus lointains les bruits tous mêlés de la Fête, une grande, une belle Fête...


Maurice Ulrich


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