vendredi 15 novembre 2019

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Les Palestiniens savourent le retrait israélien. (Par Leila El-Haddad a Gaza - Al Jazeera)

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publié le mardi 13 septembre 2005.


Les Palestiniens ont réagi au départ des derniers soldats israéliens avec un mélange d'excitation, de curiosité et d'inquiétude. Toute la journée, ils ont parcouru les colonies qui venaient d'être évacuées par les soldats israéliens. Mais alors qu'ils restaient sous le coup de cet évènement, ils réfléchissaient aussi aux restrictions imposées a leur liberté retrouvée.


Des enfants Palestiniens jouent dans une aire de jeu abandonnée par les Israéliens.


Utilisant les routes qui leur étaient auparavant interdites tous les Palestiniens - hommes femmes enfants et combattants de la résistance - ont visité les anciennes colonies a la fin de la journée pour voir a quoi elles ressemblaient de l'intérieur.


Dans l'infâme colonie de Netzarim, qui avait une fonction stratégique dans le découpage de la Bande de Gaza en deux zones distinctes et qui a été si longtemps un pilier et symbole haïs de l'occupation, rien n'a été laissé intact par les troupes israéliennes au moment de leur départ. Les arbres ont été déracinés les lignes électriques coupées et la végétation aussi bien a l'intérieur qu'a l'extérieur des habitations n'a pas été arrosée depuis 15 jours laissant une impression de terre desséchée et morte.


Les Palestiniens ont sauvé des ruines ce qu'ils pouvaient, y compris des câbles de cuivre ainsi que de la ferraille qui se vendra 2 dollars le kilo dans le territoire appauvri. Quelques enfants ramassent des mangues sur un arbre abattu, tandis que d'autres cherchent dans les décombres des jouets ou des livres. Tous sont transportés de joie et impressionnés éprouvant du soulagement et de l'excitation a voir les occupants partis.


Fin de la peur


Les Palestiniens investissent une ancienne tour pour snipers « Nous pouvons finalement nous déplacer librement a travers Gaza et jouer sans que quiconque nous tire dessus », nous dit le jeune Abdullah Yunis 14 ans alors qu'il regardait les restes d'une tour israélienne auparavant occupée par des snipers et qui servait a surveiller son camp de réfugiés.


Parmi les foules curieuses un photo-journaliste palestinien déambule portant un gilet où sont agraphées les photos qu'il a prises des martyrs palestiniens assassinés par les forces armées israéliennes ; on y trouve même la photo de la plus jeune des victimes un bébé de 4 mois de Khan Younis. « Je veux qu'ils voient avec moi ce moment historique. Je veux aussi être certain que les gens n'oublient jamais ce pour quoi ils sont morts », nous dit-il.


Les Palestiniens circulent avec incrédulité, essayant d'assimiler la scène et le moment. Pour certains comme Omar Budran âgé de 26 ans et qui a perdu une jambe après qu'un hélicoptère ait tiré sur un groupe de Palestiniens dans le camp de réfugiés très peuplé de Nusseirat 2 ans auparavant, ce jour était particulièrement émouvant. « C'est un jour incroyable pour moi. Je suis rempli de joie, et je suis optimiste sur ce que le futur peut nous apporter », dit-il.


Intense curiosité


Des Palestiniens fouillent les décombres dans la colonie de Netzarim Les forces palestiniennes ne peuvent pas grand'chose pour dissuader les foules imposantes et curieuses de sillonner les colonies pendant que les officiels disent vouloir prendre le contrôle des zones dans les prochains jours. « Personne au monde ne peut empêcher les gens d'exprimer leur joie a voir l'occupation finie », nous déclare un officiel de la sécurité palestinienne.


Beaucoup de jeunes garcons palestiniens sacs encore sur l'épaule, ont fait l'école buissonnière pour aller explorer les colonies abandonnées qui ont été si longtemps sources de peine et de misère.


Dans l'ex-colonie de Kfar Darom, un jeune réfugié du camp de Dair al-Balah jouait dans une aire de jeux abandonnée. « C'est le plus grand plaisir que nous ayons jamais eu ; il n'y a jamais rien eu de tel dans notre camp de réfugiés », dit en riant Reem Idayn, âgée de 12 ans alors qu'elle descend une glissière.


Sentiment de liberté


Près de la , des agents de la sécurité palestiniennequi étaient sur place depuis 3 heures du matin pour la prise de contrôle des ex-colonies se reposent a l'ombre d'un grand mûrier, pendant que des enfants réclament une photo dans une tour pour « snipers » abandonnée mais pas encore détruite qui surmonte une école des Nations Unies aux murs troués par les coups de feu.


Par-dela la barrière électrique maintenant abattue de l'ancienne colonie, Sulayman Tawaysha, âgé de 53 ans continue avec ses 6 enfants a regarder la scène de facon incrédule. La famille dans son intégralité était debout a 3 heures du matin pour voir le départ des soldats moment auquel ils ont poussé des « youyou » de joie et tiré un feu d'artifice.


« Je ressens pour la première fois le sentiment dêtre libre », dit Tawaysha, tandis que sa plus jeune saur, Buthoor, servait le café et des gateaux de dattes en guise de célébration. Sa mère, une directrice nouvellement nommée, était a l'école et tentait en vain de convaincre les écoliers de rester en classe.


« Cette nuit sera la première nuit où nous pourrons sortir tranquillement après le coucher du soleil, sans avoir a craindre d'être abattus par les troupes isréliennes a proximité », ajoute Tawaysha.


Grand soulagement


Des milliers remplissent la plage de Shirat Hayam Plus au sud, les Palestiniens ont dépassé le checkpoint Abo Holi pour la première fois depuis 6 ans sans avoir a s'arrêter et a attendre des ordres pour pouvoir passer. « Je ne peux pas y croire - j'ai perdu tant de nuits dans des conditions misérables a dormir ici au checkpoint a attendre qu'il veuille bien ouvrir, souffrant a leur volonté », nous dit le chauffeur de taxi Samir Dogmosh alors qu'il passe sans encombre.


A Neve Dekalim au sud de Gaza, la grande synagogue de la forme de l'étoile de David, construite « en mémoire » de l'ancienne colonie de Yamit dans le Sinaï, était encore debout. On trouve répandu a l'intérieur, au milieu de tracts abandonnés de la littérature anti-désengagement.


Littérature sioniste


« Ressentons la magie quotidienne de cette magnifique partie de notre patrie », dit un tract. Derrière l'ancienne colonie, les Palestiniens apercoivent la plage de Khan Younis dans l'enclave fertile et auparavant fortifiée de Mawasi, qui a leur a été inaccessible depuis le début de l'Intifada.


« Je suis ici aujourd'hui pour profiter pleinement de ce jour historique avec mon fils unique Abdallah », nous dit Um Abdullah, une habitante de Khan Younis alors qu'elle s'asseyait sous un abri de fortune érigé sur le bord de la mère. Son fils joue dans le sable a côté d'elle.


Mais beaucoup de Palestiniens tout en se laissant aller a l'exaltation du moment, font part de leur inquiétude pour l'avenir. Muna al-Farra, dermatologiste, qui a pu finalement accéder a la terre qui appartient a sa famille a la jonction Abo Holi, dit qu'elle s'inquiète sur la possibilité que Gaza soit transformée en une grande prison. Elle s'interroge avec gravité : « Pourquoi avons-nous lutté i Juste pour pouvoir nous déplacer de Gaza a Rafah i ».


Mardi 13 septembre -


Traduction : Claude Zurbach


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