mardi 28 mars 2017

C Communiqués de soutien

IN MEMORIAM

A l’heure de la mort de Gérard Jodar, je voudrai à titre personnel, en ma qualité de membre du Collège Honoraire de l’USTKE et en tant que militant indépendantiste kanak, saluer la mémoire d’un combattant de la liberté qui aura consacré sa vie à défendre les travailleurs exploités et à promouvoir une cause, celle d’une Kanaky libre, qui à priori ne le concernait pas.

Respect, humilité, solidarité. Dignité humaine. C’est sur ce socle de valeurs qui sont l’essence même de la culture kanak que nous avons bâti l’USTKE, et c’est au nom de ces principes universels que nous avons fraternisé avec des travailleurs non-kanak qui se sont reconnus et nous ont rejoints dans notre combat.

Gérard Jodar en fut l’un des tous premiers, à une époque où il fallait une sacrée dose de conviction et de courage pour adhérer à un syndicat naissant qui se revendiquait comme kanak et indépendantiste, à fortiori pour un blanc, zoreille qui plus est. En ces temps de balbutiements et de tâtonnements, quand beaucoup de travailleurs kanak se disant progressistes n’osaient même pas s’afficher avec une organisation étiquettée comme "raciste" et désignée à la vindicte publique comme l’ennemi n°1. Quand une des pointures actuelles du FLNKS récitait alors ses gammes dans une organisation satellite du RPCR…

Gérard Jodar a fait partie de ce noyau dur de dirigeants qui ont marqué l’USTKE de leur empreinte indélébile, et écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire du syndicalisme dans ce pays. Une poignée de défricheurs qui auront, autour des LKU, Xuma Palasso, Claude Wema et Charley Bone, hissé en moins de 20 ans l’USTKE au rang de première organisation syndicale de Kanaky. Et, accessoirement, largement contribué à l’émergence du FLNKS et à son rayonnement international.

Tous les avis sont unanimes pour reconnaître que Gérard Jodar a été un remarquable syndicaliste, de la race des plus grands. Ses qualités, son dévouement, son engagement sans failles ont forcé l’estime des militants de l’USTKE qui l’ont porté en décembre 2000, conformément aux souhaits du président sortant, à la tête de notre organisation. Un blanc aux commandes de l’USTKE !! Pour mieux saisir la portée de cet évènement dans le contexte de l’époque, on se remémorera ces paroles de Kotra prononcées lors de son discours de clôture du 10 ème Congrès de l’USTKE : « A mon tour, je met au défi Jacques Lafleur de choisir un kanak pour le remplacer à la tête du RPCR ! »

Fils de prolo, autodidacte, anticolonialiste, Gérard Jodar, comme nous, était issu du peuple, de ceux d’en bas. Il était emblématique de cette génération de militants qui rêvaient, par delà l’action syndicale, en résonnance au réveil du

Peuple Kanak, de transformer la société, de changer le monde. Toute sa vie, jusqu’à son dernier souffle, Gégé s’est mis au service des "gens de rien" et des opprimés, et ni la haine des bien-pensants, ni les coups du sort, ni la prison, ni la maladie ne l’ont détourné de cette quête d’un monde meilleur, débarassé des séquelles du colonialisme.

Victor Hugo a écrit : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent…les autres, je les plains, car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre. » Nombreux sont ceux qui ont mis le meilleur de leur vie au service de la lutte pour l’indépendance, et qui ne la verront pas. Gérard Jodar ne goûtera pas à ces lendemains qui chantent. Mais au moins ce mal-aimé ne se sera jamais résigné. Il aura vécu en homme debout.

Tout au long de ces 31 années passées dans l’USTKE, j’ai eu le privilège de rencontrer et de côtoyer des personnes d’une qualité exceptionnelle, extraordinairement dévouées, exemplaires dans leur engagement. Mais on ne rendra jamais assez hommage à cette petite poignée de militants non-kanak de la première heure qui, bien que confrontés au quotidien à l’hostilité de ceux qui les considéraient comme des traîtres à leur communauté, malgré les insultes et les menaces de mort, sont restés inébranlables dans leur engagement actif pour l’indépendance du Peuple Kanak, y compris au plus fort des années de plomb.

Gérard Jodar fait partie de cette poignée de justes, français de naissance mais internationalistes dans l’âme qui, dans le sillage de Louise Michel, ont été des acteurs majeurs de notre histoire, au même titre que les Pierre Declerc, Jean-Louis Dion, Jean-Jacques de Felice et d’autres. Le Peuple Kanak leur sera éternellement redevable.

La vie est faite de rencontres et de ruptures. Parfois, il arrive aussi qu’à s’être trop aimés, on ne divorce pas, on se déchire. A l’heure des bilans, chacun pourra toujours faire valoir son droit d’inventaire. Mais nos vieux ont coutume de dire qu’il y a un temps pour tout. J’ajouterai, en toute humilité, que nous ne serions plus tout à fait des kanak dignes de ce nom si nous venons à manquer à notre plus élémentaire devoir de mémoire.

Nouméa, Kanaky,

Le 27 septembre 2013.

Hnalaïne UREGEI.

(NDLR : photo - Gérard Jodar à la tribune au congrès constitutif du P.T le 17/11/2007- salle omnisport à Rivière-Salée, il était à sa troisième mandature en tant que président de l'USTKE). 

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