jeudi 22 aot 2019

C Communiqués de soutien

Solidarité avec l'USTKE

Rouge n° 2248, 17/04/2008

Le 22 avril 1988, répondant l’appel du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) pour le boycott actif des élections régionales en Nouvelle-Calédonie, des militants kanaks investissaient le poste de gendarmerie de Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa. L’intervention de l’armée française, le 5 mai, dans la grotte de Gossanah, fut sanglante : 19 morts parmi les Kanaks (tous les blessés ayant été achevés). Ces événements n’ont pas été limités Ouvéa, même si c’est l qu’ils ont été les plus tragiques.

La répression qui suit est brutale et massive. Dans un rapport de force défavorable, les indépendantistes, emmenés par Jean-Marie Tjibaou, signent les accords de Matignon-Oudinot, qui ramènent provisoirement le calme sur le territoire. Le leurre d’une indépendance possible sous dix ans par une voie pacifique séduit de nombreux Kanaks, lassés par des années de violences et des dizaines de morts. La corruption individuelle de responsables ou de chefs de tribus détruira en partie le mouvement indépendantiste.

Vingt ans après, la situation coloniale persiste, le pouvoir politique et économique est toujours principalement entre les mains des Caldoches ou des métropolitains, la spoliation de terres kanakes se poursuit, l’environnement continue se dégrader, sous l’action d’industriels qui ne cherchent que des profits immédiats. Sur le plan social, les patrons privilégient toujours l’embauche de métropolitains dociles celle des Kanaks, interdisant tout débouché professionnel beaucoup de jeunes. La spéculation immobilière pousse de plus en plus de familles vers les bidonvilles qui entourent Nouméa.

Dans cette situation, l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE) qui, depuis 24 ans, défend pied pied les intérêts des travailleurs, quelle que soit leur communauté, est devenue la première organisation syndicale du territoire. Face des patrons voyous, pour qui le profit immédiat est le seul horizon et l’avenir du territoire le dernier souci, les syndicalistes ne peuvent qu’avoir recours des méthodes radicales. Le 10 avril, l’USTKE a organisé une journée de grève générale, la dixième depuis le début de l’année, bloquant les entreprises des responsables du Medef local.

L’arrivée au pouvoir de Sarkozy a donné des ailes la droite coloniale revancharde. Certains n’hésitent plus remettre ouvertement en cause l’accord de Nouméa, signé en 1998, qu’ils n’appliquent pas. Cet accord prévoyait, entre autres mesures, un calendrier de transfert de compétences vers le territoire, la priorité la formation des jeunes du territoire et leur embauche.

Confronté la déliquescence des organisations politiques issues des rangs indépendantistes, l’USTKE a fait le choix, en novembre 2007, de construire un parti politique pour relayer, dans les institutions, ses revendications et porter les revendications indépendantistes. La création du Parti travailliste en Kanaky (PT) bouscule les partis qui cogèrent la situation coloniale et ont abandonné la perspective d’indépendance moyen terme. Elle ulcère la droite qui pensait avoir maté les Kanaks en corrompant quelques responsables placés la tête d’administrations d’où ils distribuent les emplois leur guise.

Les bons scores obtenus aux élections municipales par le PT ne font que renforcer la haine contre l’USTKE. Un nouveau haut-commissaire de la République a été nommé pour remplacer le précédent, jugé lâche face aux manifestations du syndicat. Le nouveau haussaire met en œuvre tous les moyens dont il dispose pour essayer de casser le syndicat, avant que le PT ne prenne trop d’ampleur : envoi systématique du GIGN sur les piquets de grève, répression violente des manifestations, multiplication des arrestations et des inculpations de dirigeants. La justice coloniale criminalise le mouvement social et le Medef local veut faire interdire le droit de grève si la cause ne dépend pas directement de l’entreprise : ainsi les grèves pour les retraites ou l’accès l’emploi seraient illicites… Le rêve éveillé de certains.

La lutte pour les libertés politiques et syndicales en Kanaky nous concerne tous. On voit, partout en France, des tentatives de criminalisation du mouvement social, la solidarité avec les travailleurs en Nouvelle-Calédonie ne peut que renforcer les luttes de tous les travailleurs.

Bernard Alleton


Meeting unitaire contre la répression antisyndicale en Kanaky

Lundi 21 avril, 19 h, Bourse du Travail, 29, boulevard du Temple, Paris 3e (M° République). Avec comme intervenants notamment : Corinne Perron (USTKE), Annick Coupé (Solidaires), José Bové (Via Campesina), Jacky Foureau (CGT), Olivier Besancenot.

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