mercredi 19 septembre 2018

S Solidarités internationales

La présence d'Emmanuel Macron serait un affront

  • Emmanuel Macron arrive aujourd'hui (*) au pays en pleines commémorations des 30 ans du massacre d'Ouvéa. Les signataires de cette tribune collective appellent le président de la République à respecter la mémoire des Kanak morts pour la lutte indépendantiste, à reconnaître officiellement les crimes commis à Ouvéa et à s'abstenir de toute prise de position sur le processus de décolonisation.
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  • Alors que les commémorations des 30 ans du massacre d'Ouvéa ont débuté ce samedi 22 avril et que le processus de décolonisation de Kanaky-Nouvelle Calédonie touche à sa fin à l'approche du référendum d'autodétermination, Emmanuel Macron y sera en visite officielle du 3 au 5 mai. Dans ce contexte, le collectif de solidarité (organisations solidaires et personnalités) soutient les appels collectifs au président français à respecter la mémoire des Kanak morts pour la lutte indépendantiste, de nombreux ayant été tués par l'armée française. Le collectif de solidarité rappelle également que le référendum sur la pleine souveraineté de Kanaky concerne avant tout les Kanak et les descendants des "victimes de l'histoire" [1] et que la puissance coloniale et ses représentants ne doivent pas fausser ce processus.
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  • Le 22 avril 1988 des militants kanak indépendantistes lancent une occupation de la gendarmerie de Fayaoué sur l'île d'Ouvéa. Prévue pour être pacifique, l'action dérape : 4 gendarmes sont tués et 27 pris en otage. Une partie des otages est libérée très rapidement et l'autre maintenue dans la grotte d'Ouvéa. Alors que des négociations sont en cours, le gouvernement français décide dans l'entre-deux tours de la présidentielle de lancer un assaut militaire contre la grotte le 5 mai, au cours duquel 2 militaires et 19 militants indépendantistes sont tués, certains exécutés d'une balle dans la tête et même à coups de botte [2]. Il est également avéré qu'avant l'assaut, les militaires français ont commis des mauvais traitements sur la population locale de Gossanah (un village à proximité), mais aussi ailleurs, afin d'obtenir des informations et de localiser la grotte [3].
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  • Chaque année les familles des victimes et les habitants d'Ouvéa commémorent cette tragédie du 22 avril au 5 mai, désormais aux côtés des gendarmes de Fayaoué dans une démarche de réconciliation. Le "Comité des 30 ans des événements de Iaai"  (Ouvéa dans une des langues de l'île), qui participe à l'organisation des commémorations, a d'ores et déjà fait savoir que la présence d'Emmanuel Macron sur le lieu de la grotte le 5 mai n'était pas souhaitée et serait considérée comme une "provocation" [3], de même que le "Comité Vérité & Justice", qui juge ce déplacement "inacceptable"[4]. Pourtant à l'heure actuelle la visite officielle à la grotte semble maintenue. La tragédie d'Ouvéa s'inscrit dans la terrible lignée des crimes coloniaux et néo-coloniaux commis par l'Etat français, qui présentent des similitudes inquiétantes : impunité pour les responsables, vérité soustraite aux victimes, secret défense appliqué aux archives. La présence de la puissance coloniale aux commémorations de la grotte d'Ouvéa sera vue à juste titre comme un affront et comme la négation de la parole des Kanak habitant sur place.
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  • La visite d'Emmanuel Macron a également pour contexte la fin du processus de décolonisation dans lequel la Nouvelle Calédonie - Kanaky est engagée depuis 30 ans. Le dernier Comité des signataires des accords réuni à Paris en mars a fixé la date du référendum sur la pleine souveraineté et l'accession à l'indépendance au 4 novembre prochain. Lors de la campagne présidentielle française, Emmanuel Macron avait déclaré qu'il souhaitait que la Nouvelle-Calédonie reste "dans la communauté nationale". D'autres représentants français, tels que Manuel Valls et Christian Jacob en déplacement dans l'archipel au sein de la mission d'information parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie, se sont également permis de déclarer officiellement leur préférence personnelle pour le maintien de la tutelle française. Aujourd'hui la position du chef de l'Etat, comme de tous les représentants français, doit être impartiale. Une impartialité certes factice puisque la France est la puissance coloniale, mais indispensable désormais dans les discours et dans les actes afin de ne plus interférer dans le choix et les débats des premiers concernés. L'avenir de cette colonie ne doit appartenir qu'à ses habitants historiques.
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  • Notes :
  • (*) : Jeudi 3 mai 2018
  • Cette tribune est parue le 2 mai 2018 dans le blog Médiapart, elle a été signée par des organisations solidaires du collectif Solidarité Kanaky et des personnalités diverses.
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  • [1] Les personnes déportées vers la Nouvelle-Calédonie
  • [2] D'après les déclarations de Michel Rocard en 2008.
  • Cf. https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/180808/ouvea-michel-rocard-vend-la-meche-sur-france-culture
  • [3] Cf. les récits des exactions commises relatées notamment dans «Mourir à Ouvéa», Alain Rollat et Edwy Plenel, Éditions La Découverte-Le Mone, 1988, ou le rapport de la LDH "Enquête sur Ouvéa: rapport et témoignages sur les évènements d'avril-mai 1988"
  • [4] Communiqué de presse du "Comité des 30 ans" du 16 avril
  • [5] Dans un courrier adressé par ce comité à Emmanuel Macron le 18 avril. Ce comité est une initiative des familles des leaders indépendantistes assassinés qui souhaitent connaître la vérité sur ces assassinats.   
  • Organisations signataires :
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  • Les organisations membres du collectif Solidarité Kanaky :
  • - Association Survie
  • - Mouvement des jeunes kanak en France (MJKF)
  • - Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (USTKE)
  • - Association Information et Soutien aux Droits du Peuple Kanak (AISDPK)
  • - Fasti
  • - CNT
  • - Union syndicale Solidaires
  • Alternative libertaire
  • Collectif ni Guerre ni Etat de Guerre
  • Réseau Sortir du colonialisme
  • Comité vérité et justice pour Adama Traoré
  • Fondation Frantz Fanon
  • Revue Mouvements
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  • Signataires individuels :
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  • Vincent Charbonnier, philosophe, syndicaliste (SNESUP-FSU)
  • Sergio Coronado, ancien député écologiste
  • Laurence De Cock, historienne
  • Mireille Fanon Mendes France, Ex UN expert, Consultante juridique
  • Eric Fassin, sociologue, Paris 8
  • Nacira Guénif, sociologue, Professeure Université Paris 8
  • Jean Malifaud, universitaire
  • Pierre Khalfa, économiste
  • Silyane Larcher, chargée de recherche au CNRS en science politique
  • Olivier Lecour Grandmaison, politologue, Université d'Evry-Val d'Essonne
  • Seloua Luste Boulbina, philosophe, université Paris Diderot
  • Christian de Montlibert, sociologue professeur émérite à Strasbourg
  • Hélène Nicolas, maîtresse de conférences en anthropologie du genre, Paris 8-Vincennes-Saint-denis
  • Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic
  • Olivier Roueff, sociologue, chargé de recherche au CNRS
  • Catherine Samary, économiste
  • Omar Slaouti, militant antiraciste
  • Françoise Verges, politologue
  • Marie-Christine Vergiat, euro-députée Gauche européenne
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  •  Avec le soutien de :
  • EELV
  • Ensemble !
  • NPA
  • Parti Communiste des Ouvriers de France
  • PIR
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