lundi 24 avril 2017

S Solidarités internationales

CGT, NPA, CNT et SECAFI présents à l'invitation de l'USTKE

A  l'issue de notre XVème Congrès tenu à Wé/Lifou les 3 au 5 décembre, des représentants des syndicats français (CGT, NPA, CNT) connus pour leur soutien indéfectible à l'USTKE. Ils nous livrent leurs impressions, leur réactions au sortir des deux jours de travaux. Secafi, une société d'expertise pour les comités d'entreprises et les instances représentatives du personnel était également représentée, notamment par le biais de sa directrice générale, Nadia Ghedifa.

Impressions, réactions, émotions ...

Nejat Ferouse, représentant la CGT de l’Espace International. Il a participé aux deux jours de travaux de notre Organisation. « Les camarades ont fait le nécessaire pour mener à bien leurs travaux », selon le militant cégétiste de l'Espace International.  Nejat Ferouse : « Nous étions toujours présents dans les congrès de l’Ustke. Et cette fois-ci, je suis très heureux d’y avoir participé aux travaux. C’est un congrès où j’ai vu une ambiance de combativité et de responsabilité. Surtout, j’ai été impressionné par la participation des camarades, des congressistes à des débats. Notamment, ceux qui ce sont déroulés dans les groupes de travail que ce soit sur l’éducation,  sur le rééquilibrage etc. Je souligne aussi l’assiduité des camarades parce que ce n’était pas facile de suivre un congrès sur 2 jours, en plus sur l’île, et non pas à Nouméa ! Donc, c’était vraiment bien organisé ! Malgré, les charges qui pesaient lourds sur leurs dos, les camarades ont fait le nécessaire pour mener à bien leurs travaux. Evidemment, l’Ustke mène une lutte difficile. Les conditions de vie deviennent de plus en plus complexe partout, et également ici. D’un côté, il y a cet objectif de l’indépendance de Kanaky. De l’autre côté, il y a les problèmes sociaux et économiques. J’ai appris qu’il y a eu la mise en place du dialogue social auquel l’Ustke participe activement. C’est une bonne chose mais évidemment il faut trouver l’équilibre entre le dialogue social et les luttes. C’est-à-dire que dans les négociations, il faut y être présent. Il faut absolument être vigilant, être prêt à mener des  luttes, des combats responsables et efficaces. »  

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Bernard Alleton, représentant de la NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) s’est joint à la délégation des invités internationaux, militant fidèle de la solidarité et assidu des congrès de l’Ustke depuis 1991. Il dit lui-même qu’il n’a manqué qu’un seul congrès, celui de Mou-Ponérihouen en avril 2010. Bien avant l’existence de la NPA, la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) soutenait déjà la lutte du peuple Kanak dans les années 70. A cette période, il travaillait à la rotographie, une imprimerie militante de la LCR où il a reçu beaucoup d’étudiants Kanak et Jean-Marie Tjibaou, une figure emblématique du pays. « Le soir même de l’assassinat d’Eloi Machoro en signe de solidarité, on a imprimé une affiche pour dénoncer cet assassinat », se souvient Bernard Alleton, à présent à la retraite. « Dès la création de l’Ustke, j’ai eu des relations avec le syndicat. Et à l’époque, c’était avec le journal Bwenando. Après, il y a eu le projet de l’Ustke de monter une imprimerie pour avoir une expression écrite de l’Organisation », ajoute-t-il. Donc, vous suivez l’évolution des débats de l’Organisation depuis plus de vingt-ans ? Bernard Alleton : « C’est vrai que c’est intéressant de suivre dans la durée l’évolution des débats, de l’Organisation qui accompagne, impulse, regrette l’évolution politique et politicienne, sociale…Par rapport à 91, c’est incomparable bien évidemment. Aussi bien dans la force de l’implantation de l’Ustke, la qualité des débats et de la réflexion mais aussi dans les progrès au niveau des conquêtes sociales. Il faut rappeler qu’à l’époque, le patronat était 100 fois plus bête qu’aujourd’hui, voire 100 fois plus méchant ! Il se croyait tout permis dans les entreprises. Aujourd’hui, il y a un certain nombre de règles qui sont plus respectés alors que dans ces années-là, le code du travail était ignoré du patronat. Ce qui est intéressant dans l’évolution, c’est qu’on commence à parler du code du travail pour un pays indépendant. Quel code du travail, on souhaiterait mettre en place ? Et là, on commence à entrer dans des débats à la fois très passionnants mais très compliqués ! Il faut l’adapter à la société Kanak et à la société calédonienne dans sa diversité puisqu’on trouve la société océanienne et aussi les autres sociétés – que Jean-Marie appelait les victimes de l’Histoire. Donc, c’est un nouveau code du travail, des nouvelles relations sociales à inventer qui ne sont pas un simple copier-coller de la métropole, de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande. Il faut inventer quelque chose qui corresponde à la société Kanak, de Kanaky Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui. » Quelle est votre analyse concernant la mandature sous la présidence de Gérard Jodar, celle après avec Marie-Pierre Goyetche puis viendra l’intérim avec André Forest ? Bernard Alleton : « Il y a bien sûre une évolution ou une différence. Le mandat de Gérard Jodar a été long, il ne peut pas se résumer à ces deux dernières années avec les conflits les plus durs ! On va dire à partir de Carsud. C’est vrai qu’il y a eu d’autres conflits très durs auparavant, le conflit du port, des conflits dans le bâtiment qui ont été longs et très durs. C’est aussi sur ça que c’est construit l’Ustke. A un moment l’Etat français, avec le Haut-commissaire, la réaction de Dassonville avec la répression dont a été victime l’Ustke, et elle a été trop violente ! Et l’Ustke a payé un très lourd tribut. Bon nombre de militants en ont payé dans leurs chairs en étant coupés de leurs familles, en allant en prison, en perdant leurs emplois. L’Organisation, elle-même a eu d’énormes frais de justice ! A la fin du mandat de Gérard Jodar, c’était la course permanente à l’affrontement avec l’Etat français. C’est vrai que la transition s’est déroulée dans une certaine douleur. Le mandat de Marie-Pierre Goyetche a été compliqué, il a fallu qu’elle remette en place les structures syndicales afin de les reconstruire car beaucoup d’entre elles avaient été très affectées par les départs de certains dirigeants dans quelques-uns des secteurs géographiques ou industriels. Ça été une période de reconstruction. André Forest a repris en cours le mandat de la direction après les élections de mai 2014. En 2012, on était orienté vers les débats des élections provinciales pour obtenir une majorité du camp indépendantiste au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Ça n’a pas été le cas ! Par contre, dans le cas de la province Sud, il y a eu l’élection de Marie-Pierre. Ce qui a fait qu’elle a quitté la présidence de l’Ustke. A partir de ce moment là, le mandat du Bureau Confédéral a été de continuer à armer l’Ustke, de reconstruire dans les secteurs où l’Ustke avait disparu. A obtenir des conquêtes sociales dans le cadre des transferts de compétences, pour que le maximum soit obtenu pour les travailleurs, et pour le peuple Kanak avec des échecs et des succès. C’est-à-dire que la place des Kanak, elle n’est pas du tout la même, que ce qu’elle était il y a 20 ans dans la société, dans les entreprises, dans les administrations. Ceci dit, elle n’est nettement pas ce qu’elle devrait être non plus. Donc, c’est pour ça qu’on peut parler de succès au sens d’avancées qui ne sont que partielles. Enfin, l’intérim d’André Forest, ça a été le renforcement et la consolidation de l’Ustke. Et faire émerger des cadres dirigeants pour affronter la dernière mandature de l’Accord de Nouméa. Là aussi, c’est décisif dans les débats de ces derniers jours (*). C’est fondamental d’armer l’Organisation de manière à avoir un syndicalisme fort. Pour qu’en 2018, on ait un rapport de force. Quel que soit l’issue de l’ADN (**), qu’on soit à la limite indépendant ou qu’il y ait un nouvel accord, il faut un syndicalisme fort pour défendre les salariés face à un patronat qui ne disparaîtra pas ! A la fin de l’ADN, ce n’est pas le socialisme même avec l’indépendance, ça ne sera pas l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme. Donc, de toute façon il faudra continuer à avoir un syndicat pour défendre les travailleurs. Une des grosses vertus de l’USTKE depuis le début, c’est l’effort qui est mis sur la formation. Il y a un bon nombre de militant(e)s qui sont passés dans les centres de formations mis en place par l’Ustke. Aujourd’hui, on a réellement une couche de cadres existante qui arrivent à analyser, à former leurs opinions. Ce n’est pas seulement des répétiteurs de ce que propose la direction. Vu la vigueur des débats à ce congrès, il y a des gens qui l’approuvent, qui le contestent, qui l’enrichissent. » Bwenando : 1er journal Kanaky paru dans les années 80. (*) du 03 au 05/12/15 (**) ADN : Accord de Nouméa

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David Duslam, mandaté du secrétariat international de la CNT (Confédération National du Travail) de France, a répondu à l’invitation de notre Organisation. La CNT soutient nos luttes depuis plus de 30 ans. Créée en 1946, cette confédération est issue d’un des plus vieux courant du mouvement ouvrier français, le courant syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste. D’où ses couleurs : le rouge et le noir. La 1ère CGT, celle du début du siècle dernier a eu une partie des secrétaires confédéraux issus de ce mouvement, tels qu’Emile Pouget ou Fernand Pelloutier, le fondateur des bourses du travail. Lors de son passage sur le Caillou, David Duslam a tissé des liens avec nos fédérations, notamment avec le BTP, l’enseignement, ou encore le commerce, les mines ou les médias. Qu’est-ce que le syndicalisme révolutionnaire ? David Duslam : « C’est un syndicalisme qui prétend unir en son seing tous les travailleurs de toutes tendances, au delà des considérations politiques, religieuses. Un syndicalisme révolutionnaire de lutte des classes. Chez nous, les travailleurs s’organisent eux-mêmes à la base, sur les bases autogestionnaires et avec des pratiques d’action directe. Le but est le changement de société. Ça passera par une révolution et le combat social. On a une affiche qui nous dit : Quel acquis social n’a pas été obtenu par la lutte ! C’est pour ça qu’on se retrouve ici, et que l’on retrouve des pratiques avec des points communs avec l’Ustke qui a obtenu des avancées sociales grâce à sa détermination et à son combat dans lesquels on s’inscrit complètement. » Vous soutenez notre Organisation syndicale depuis un moment ? David Duslam : « On était déjà dans les manifestations après la mort d’Eloi Machoro en janvier 1985. Nous étions parmi les fondateurs du collectif Solidarité Kanaky. On n’a pas cessé de soutenir les différents combats que ce soit à Carsud, à Aircal … On a montré beaucoup de films et organisés pas mal de meetings par rapport à la lutte pour l’indépendance et l’auto-détermination du peuple kanak, ainsi qu’à celles des travailleurs de l’Ustke. Il y a quelques-uns de nos membres qui ont participé à l’hommage de Franck Apock en début d’année, dont nous saluons la mémoire ». La CNT n’a jamais cessé de dénoncer les agissements de l’Etat colonial français et a toujours soutenu toutes les démarches de décolonisation, en Kanaky ou ailleurs, dans la droite ligne de Louise Michel, dont nous nous réclamons aussi. C’est ce pourquoi on est là ! » Votre réaction en tant que syndicaliste par rapport à la tenue de ce congrès à Lifou, le fait d’avoir assister aux débats ? David Duslam : « C’est une très bonne idée de la part des organisateurs de tenir ce congrès à Lifou, l’un des poumons de la Kanaky. C’est surtout dans la perspective des échéances prochaines, notamment de 2018. Comme pour beaucoup de camarades, je pense que c’était important et symbolique que ça se passe ici. Je trouve que les débats sont de qualité, ce sont à la fois des questions qui sont différentes de ce qu’on peut avoir en France, comme sur les questions d’indépendance, mais à la fois ce sont des choses qui nous parlent aussi. Comme les problématiques que l’on se pose pour réussir à faire entendre la voix des travailleurs, que ça soit ici ou ailleurs dans le monde. Nous vous remercions de nous y avoir convié. »

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Nadia Ghedifa, directrice générale de SECAFI, responsable des relations extérieures pour le groupe ALPHA. C’est la première fois qu’elle vient au pays, elle a représenté ainsi son groupe lors notre congrès à Wé/Lifou. Profitant, également de son déplacement pour rencontrer ses collègues basés à Nouméa. Très touchée, très émue par l’accueil des habitants, des familles des tribus environnantes de Wé sur l’île de Drehu, Nadia Ghedifa nous livre ses impressions.

Votre réaction après la tenue de notre XVème Congrès qui vient de s’achever ? « Le groupe Alpha est venu est venu s’installer il y a 25 ans en Nouvelle-Calédonie. Pour assister comme il le fait en métropole les comités d’entreprise et les représentants du personnel. Egalement, depuis une dizaine d’années pour développer des activités qui permettent de favoriser le dialogue social. Et  travailler sur les dossiers qui sont  moteurs pour le développement de la Nouvelle-Calédonie,  le développement des hommes et des femmes. Ce qui nous porte, c’est  la conviction qu’il ne peut y avoir de développement économique sans développement humain et social. C’est par le développement humain qu’on aura un développement économique durable. Je sais que vous êtes à l’aube d’échéances importantes dans un contexte économique difficile mais vous avez des atouts, et si vous arrivez à développer des activités, à vous diversifier….Je suis convaincue avec ce que j’ai vu au congrès, avec le travail que vous avez fourni les uns et les autres pendant ce congrès, que vous apporterez une contribution positive à la construction de la Calédonie de demain. » Vous y croyez en la Kanaky comme le soulève l’USTKE dans ses propos durant la tenue de son congrès, avec les données dont vous disposez ? « Le choix d’avenir de la Nouvelle-Calédonie concerne en premier lieu les calédoniens. A eux de choisir. Les Accords de Nouméa avaient posé un certain nombre de préalables et d’étapes. Il y a encore certainement beaucoup à faire. Mais l’avenir passera forcément par le développement de la formation, de l’apprentissage, le développement  d’une jeunesse qui devra elle porter  la Nouvelle-Calédonie de demain. » Une soirée internationale vous a été dédiée samedi dernier. Qu’est-ce vous avez évoqué aux congressistes ? « J’ai rappelé que notre groupe a un positionnement original.  Il considère en effet qu’il doit être partout où le développement humain se joue et notamment dans l’entreprise. Notre périmètre d’intervention va tout d’abord des comités d’entreprise aux organisations syndicales qui sont plurielles, aux instances de représentation paritaire, bref là où nous pouvons apporter notre appui technique et nos compétences aux représentants des salariés. Nous sommes présents également sur les enjeux de développement qui concernent les collectivités territoriales et les entreprises. Des sujets comme le reclassement du personnel dans les situations de réorganisation, le nécessaire développement des compétences, les politiques de formation sont ici tout aussi importants qu’en métropole et nous avons vocation à les adresser ici aussi. »  

 

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