samedi 13 juillet 2024

A Actualité syndicale

En route vers les terres du Sud

Une visite pas comme les autres comme on pouvait entendre bien que le Bureau Confédéral n'était pas à sa première rencontre avec les sections de l'usine de Goro. L'an passé, quelques membres du syndicat avaient rencontré la section de Sodexo NC. Ce vendredi 14 juin c'était donc au tour de la section de Valé NC de recevoir les camarades. Informations et actualités syndicales ont ponctué les moments forts de l'assemblée générale toutefois la tournée de la mine fût tout aussi intéressante pour les non-initiés. Retour en image sur cette visite à Valé NC sur les terres du Sud. 

Arrivée de la délégation à la base vie composée des secteurs suivants : SMSP, NMC, SLN, Sodexo NC, Audemard et quelques responsables du commerce, du BTP. De son côté, la section STKE de Valé NC sur place a reçu les visiteurs. 

Le gymnase a fait office de lieu de rencontre entre les employés/adhérents au syndicat et la délégation venue en nombre pour l'occasion. L'assemblée générale a débuté par l'intervention de notre 1er vice-président du syndicat, André Forest qui d'emblée a évoquéla problématique de la vie chère. Il a également expliqué les raisons pour lesquelles notre organisation ne s'est pas engagée avec l'intersyndicale. « Ce qui nous intéresse, ce sont des mesures pérennes. Pourquoi tout ça maintenant. On ne peut pas dissocier le mouvement de l'intersyndicale du contexte politique », a soulevé notre dirigeant. Attentive aux explications des problématiques liées au social ou à l'économie, l'assemblée n'a pas manqué de questionner nos responsables syndicaux. L'une des questions portait sur les congés coutumiers : « va-t-il être mise en place par rapport aux pressions exerçées par les directions qui regardent la productivité et la compétitivité de l'entreprise ? ». 

Sur la route menant au centre minier, une grande cuvette qui n'a pas fini d'être creusée a  impressionné les visiteurs. D'une profondeur d'au moins 40 m et d'une longueur avoisinant les 2 km, ce gigantesque gouffre stocke déjà les résidus du minerai provenant de l'usine. Des pelleteuses et des camions tournent quasiment 24 heures sur 24, dit-on afin encore d'approfondir ce grand bassin. 

Une fois sur les hauteurs du plateau de Goro, une vue imprenable se dégage vers la baie sud et elle devient grandiose et insaisissable par rapport aux travaux colossaux qui ont été entrepris.  Du minerai de nickel, de cobalt sont recueillis chaque jour avec des camions monstrueux qui font partie du paysage pendant que des pelleteuses creusent à longueur de journée le flanc des montagnes. Le minerai est acheminé par un balai incessant de camions vers l'unité de préparation du minerai.

Le déroulement de l'activité minière à cet endroit précis expliqué par l'un des employés de Valé NC, Pascal Pujapujane (à droite) permet aux responsables syndicaux de mesurer l'ampleur du travail déjà accompli depuis 2003 où la terre rougeâtre du Grand Sud n'en finit de découdre avec les allées et venues des engins miniers et des hommes. 

Toute cette terre rouge est remuée par les engins et elle est traitée à l'unité de préparation et ensuite acheminée par un tuyau, la pulpe (minerai criblé, broyé et mélangé à de l'eau ) est ainsi stockée à l'unité de conditionnement du minerai. A l'usine, le procédé hydrométallurgique débute par lixiviation. 

Du point de vue du belvédère, le panorama offre un spectacle gris métallisé : des grandes cuves, des bassins, des tuyaux qui semblent s'entremêler … mais aucunement puisqu'on apprend que les équipements pour la lixiviation sous-pression permettent la dissolution du minerai avec l'acide sulfurique. La raffinerie est composée de 7 unités de traitement mettant en œuvre les étapes suivantes du procédé hydrométallurgique : séparation des éléments métalliques, élimination des impuretés, séparation du nickel et du cobalt, conditionnement des produits finis. Un contrôle permanent est fait 24 heures sur 24 sur l'ensemble du site. La salle de contrôle permet de piloter et de surveiller toutes les unités de l'usine. Le laboratoire, lui aussi tourne 24 heures sur 24. 

Bien entendu avant de rejoindre Nouméa, la photo de famille a paru comme une évidence et joyeuse pour le coup. A ne pas en douter, les précieuses informations recueillies ici et là durant cette visite a permis à beaucoup de s'enrichir, d'apprendre sur le traitement du minerai et de son conditionnement avant d'obtenir une petite bille (produit fini pour ce qui concerne le nickel). 

Interview de Marie-Michèle Agouréré, technicienne de laboratoire & coordinatrice, superviseur remplaçante à Valé NC. 

1/ En quoi consiste votre travail au laboratoire de Valé NC ?

Marie-Michèle Agouréré : Je réalise des analyses sur des échantillons de procédé (qui permettent de faire des réglages sur les équipements de l'usine), des échantillons de la mine (qui permettent l'exploitation et l'exploration minière), des échantillons du secteur environnement ( qui permettent les suivis environnementaux), des échantillons d'un laboratoire de procédé (qui permettent l'amélioration du procédé et de résoudre les problèmes liés à ce dernier). Mon travail consiste aussi à coordonner certaines tâches réalisées par les employés du laboratoire et je remplace le superviseur en cas d'absence.

2/ Quelles sont les principales activités exercées au port, sur mine et à l'usine ? 

M-M A. : Au port, ils réceptionnent les produits comme le charbon, le fioul, le souffre, le calcaire... tout ce qui permet de faire fonctionner l'usine. Ensuite du port, il y a l'expédition des 3 produits finis à l'étranger : le NiO (Oxyde de Nickel), le CoCO3 (Carbonate de Cobalt) et le produit fini intermédiaire NHC (gâteau d'hydroxyde de Nickel). Egalement, il y a les arrivées et les départs des salariés qui viennent et repartent par bateau, sans compter la réception et l'envoi des différentes marchandises pour les besoins du site industriel. 

Pour les activités liées à la mine et à l'usine : voir la réponse à la question 3. 

3/ Pouvez-vous nous expliquer le cheminement du minerai de la mine à l'usine hydrométallurgique ? Comment le minerai de nickel et de cobalt sont-ils prélevés et quels sont les procédés utilisés pour arriver au produit fini ? 

M-M A. : A la mine, on extrait le minerai, on sépare le stérile et ce qui est exploitable. C'est dans le premier secteur de l'usine, la Feed Prep (situé sur mine) que le minerai exploitable va subir plusieurs étapes de préparation : concassage, criblage, broyage... dans le but d'obtenir un minerai de bonne qualité (fin et de bonne concentration). Il faut savoir que le procédé utilisé à Vale NC est l'hydrométallurgie et pour alimenter l'usine, on utilise 1/3 de saprolite (forte teneur en Ni) et 2/3 de latérite (faible teneur en Ni). Ensuite le minerai (de bonne qualité) va être mélangé à de l'eau pour former une pulpe contenant 20% de solide et sera acheminé à l'usine via des tuyaux par pompage. Cette pulpe contient environ 1.2% de Ni

Une fois arrivée à l'usine, la pulpe de minerai sera épaissie pour obtenir un taux à 35-40% de solide. La pulpe va être ensuite mélangée à de l'acide sulfurique dans des autoclaves. On procède donc à la lixiviation du minerai. Cette lixiviation se fait dans des conditions spécifiques (pression  : environ 50 bars et température environ 260°C. Ces conditions d'opération sont importantes car ils permettent une lixiviation sélective c'est à dire que l'on sélectionne les éléments que l'on veut voir passer en solution tels que le Ni et Co. Tout en sachant que certaines impuretés vont aussi passer en solution telles que l'Al, Fe, Mg, Cr, Cu, Zn... 

Donc à l'issue de cette lixiviation, on va obtenir un solution contenant le Ni (environ 6 à 7 g/l de Ni), le Co et d'autres impuretés. Sans oublié le solide qui va être relavé et neutralisé avant d'être stocké dans un bassin à résidus.

La solution issue de la lixiviation que l'on appellera "solution mère" (contenant le Ni, le Co et les impuretés) va subir plusieurs étapes afin de se débarrasser des impuretés. Certaines impuretés vont être enlevées par précipitation (passé sous forme solide) en augmentant le pH et d'autres vont être éliminées par passage dans des colonnes de résines, ces dernières vont capter les impuretés souhaitées.

Une fois débarrassée de ses impuretés, la solution mère contenant le Ni et le Co  va être concentrée dans une solution organique (comme de l'huile) ; ce processus se fait dans des colonnes. On obtiendra donc une solution organique contenant du Ni et du Co concentrés qui vont ensuite être séparés puis mis en solution par contact avec de l'HCl (acide chlorydrique). On obtiendra donc des solutions de chlorure de Nickel et chlorure de Cobalt.

Le chlorure de Nickel va être injecté ( par spray : jet de fine goutte) dans un four à lit fluidisé chauffé à 800°C afin d'obtenir du NiO ( Oxyde de nickel) qui sera mis en conteneur pour envoi au client. Le produit fini contient environ 80% de Nickel.

Le chlorure de Cobalt (acide) va être mélangé à du Carbonate de Sodium (Base) pour faire une réaction Acide-Base et ainsi précipiter le Co (le Co passe sous forme solide). Le solide obtenu soit le Carbonate de Cobalt sera lavé, épaissi, mis en sac puis en conteneur pour envoi au client. Le produit contient environ 50% de Cobalt.

Il existe aussi le produit intermédiaire, le NHC (Gâteau d'hydroxyde de Nickel) qui est obtenu avec le même principe que pour l'obtention du Carbonate de Cobalt : Réaction Acide-Base sauf que dans ce cas là la Base utilisée est le MgO ( lait de Magnésie). Le NHC contient environ 20% de Nickel, il est mis en conteneur pour envoi au client.

4/ Les produits finis sont-ils commercialisés ? Si oui, où sont-ils exportés ou commercialisés ? Et en termes de chiffres, combien ça représente en tonnage ?

M-M A. : Oui tous les produits finis sont vendus. L'Oxyde de Nickel est exporté en Chine dans une usine de Valé et au Japon. Le Carbonate de Cobalt, en Angleterre, à Singapour et d'autres. Et enfin le NHC est exporté dans une raffinerie en Australie. Concernant le tonnage, nous devrions atteindre entre 20 à 25 000 tonnes d'ici la fin de l'année. Pour fin 2014, la production prévoit le double en tonnage. 

5/ Quand Valé NC est-il réellement entré en production ? 

M-M A. : En fait, Valé NC est déjà entré en production depuis trois ans. En 2010 avec la production de NHC (Gâteau d'hydroxyde de Nickel) et en 2012-2013 pour le NiO (Oxyde de Nickel) et le CoCO3 (Carbonate de Cobalt). 

6/ Quelles sont vos attentes en tant que salarié de l'usine de Valé NC ? 

M-M A. : Surtout le respect de l'emploi local et bien entendu nous cherchons à favoriser les formations internes et les formations prévisionnelles.

7/ Combien de personnes travailleront définitivement après la démobilisation sur le site de Valé NC (port + mine + usine) ? Actuellement combien y-a-t-il de salariés permanent sur site ? 

M-M A. : Nous sommes environ 2500 personnes sur site. Je penses qu'au final, on devrait être aux alentours de 2000 personnes.



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