
Depuis trois mois, un conflit social oppose l’USTKE la direction de Carsud, société de transport en commun dont le groupé Véolia est actionnaire majoritaire. Un conflit qui avait dégénéré, du fait des forces de l’ordre, occasionnant des affrontements violents entre ces derniers et les militants syndicaux de l’USTKE, faisant plus d’une soixantaine de blessés. S’en est suivi une situation digne des Pays totalitaires, avec des tabassages en série de nos camarades arrêtés, maintien en détention provisoire jusqu’au 22 février, date de leur jugement au tribunal, de 15 d’entre eux , arrestations musclées domicile ou sur la voie publique et chasse aux responsables de notre organisation dont le Président de l’USTKE.
Celui-ci avec quelques camarades, entament aujourd’hui leur 3ème semaine retranchés dans les locaux de l’organisation. Un lieu tenu gardé 24h sur 24 par les militants tant la menace est forte d’une intervention des forces de l’ordre qui quadrillent le quartier de la Vallée du Tir, où se trouve le siège de l’USTKE. Une pression incessante sur les responsables et militants de l’USTKE, dont le but affiché par l’Etat Français mais aussi de la droite Sarkosyenne locale est incontestablement d’éradiquer manu-militari une organisation syndicale qui aujourd’hui, la veille des échéances électorales capitales pour le Pays, dérange un consensus politique acolyte et malsain.
C’est en réponse toutes ces tentatives d’intimidation et la désinformation titanesque des médias officiels qu’une manifestation pacifique dans les rues de Nouméa, avec nos responsables, nos militants, mais aussi les membres du nouveau collectif ont convergé vers le siège du syndicat dès 6 heures du matin le mercredi 13 février dernier.
Le cortège, fort de 2000 personnes est parti de la Vallée-du-Tir aux alentours de 9 heures. Les banderoles qui fleurissaient le long du cortège ont bien donné le ton : « Carsud toujours en grève » ou encore « libérez nos camarades ». Dans la manifestation, des mères de familles, des pères de familles, quelques enfants, des hommes courageux, des femmes engagées, comme celle qui a pris le micro : « J’avais 4 ans quand je suis arrivée en Calédonie et aujourd’hui, j’ai 54 ans. Je suis née Orléans, et l j’ai honte d’être française ». Perchée sur le camion de couleur rouge, cette femme a évoqué sa détermination durant son allocution. La marche s’est poursuivie jusqu’ l’entrée du centre-ville dont l‘accès avait été entravée par les forces de l‘ordre. Le nombre et les moyens démesurés déployés par les autorités ne surprennent plus et n’intimident plus personne l’USTKE. Une nouvelle fois, détermination et discipline dans nos rangs.
Le face face avec les forces de l’ordre a duré une bonne heure avec des échanges parfois houleux, entre la commissaire divisionnaire et le vice-président de l’organisation syndicale. Un climat tendu proximité du « rond point du pacifique » au cours duquel la directrice de la sécurité publique a rappelé, aux responsables de l’organisation, le caractère illégal de la manifestation et l’obligation de disloquer la foule présente. Côté syndicat, une fin de non recevoir est venu accueillir cette requête avec en prime la demande d’être reçu par le Délégué du Gouvernement en Kanaky. S’en sont suivis des tractations qui se sont soldées par le maintien de la manifestation face aux gardes mobiles. Une délégation de six personnes a rencontré directement le Haut Commissaire. Une rencontre fructueuse ne serait ce que pour les 2 heures qu’elle a duré.
Les pourparlers entre d’une part les dirigeants de l’organisation syndicale, les membres du Collectif « Agir contre l’arbitraire » regroupant le CNDPA (Conseil National des Droits du Peuple Autochtone, le CAUGERN (Comité autochtone pour la gestion des ressources Naturelles) Rhébù Nùù, Comité 150 ans après, Roch Wamytan (signataire des Accords de Nouméa en tant que Président l’époque du FLNKS) et d’autre part Yves Dassonville le représentant de l’Ãtat, ont permis d’obtenir qu’une commission d’enquête de France. Elle serait demandée par ce dernier afin de faire toute la lumière sur les violences policières et les poursuites judiciaires. Par ailleurs le Délégué s’est engagé relancer de son côté les responsables du Groupe Véolia pour que les négociations reprennent avec l’USTKE. Il s’agit l des principaux points de revendications du Syndicat qui ont obtenu gain de cause auprès du Représentant de l'Etat.De retour, en fin de matinée de la rencontre au Haussariat, la délégation a mené le cortège vers le rond-point du Pacifique, finalement foulée par les manifestants, avant de revenir par une autre voie au siège du syndicat la Vallée-du-Tir. Meeting, prises de paroles des membres du Collectif ont ponctué l’après-midi.
Déterminés, engagés, les militants se mobiliseront prochainement devant le Tribunal afin de dénoncer, une fois encore, les violences policières qu’ont subit nos camarades après leurs interpellations et dénoncer le caractère colonial d’une justice dont les juges sont aux ordres de l’Etat Français.