samedi 13 juillet 2024

A Actualité syndicale

La Fête de l'Huma vue par Franck et Cédric

Chaque année, la Fête de l'Huma accueille des milliers de visiteurs. Une toute petite délégation de 4 personnes de notre Organisation syndicale a fait le déplacement le mois dernier durant une dizaine de jours. Ce fût une grande découverte pour Franck et Cédric qui n'avaient jamais vu une manifestation d'une telle ampleur. Deux d'entre eux nous livrent leurs impressions sur cette grande Fête structurée en « espaces » où des artistes se produisent sur chaque scène. L'édition 2013 à la Courneuve, Jamel Debouzze avec son Comedy Club, Flavia Coelho pour ne citer qu'eux, étaient présents. Vingt-cinq artistes de grande renommée avaient été annoncés sur la « Grande Scène », enchaînant pour certains sur trois jours sur des scènes comme « l'Agora » ou « Jazz Hum'Ah ». La Fête de l'Huma, ce n'est pas uniquement des rencontres culturelles mais c'est aussi des concerts, des spectacles, des débats, des expositions. 

Le stand « Kanaky Nouvelle-Calédonie » avait pris place dans le « Village du Monde » où quasiment tous les peuples du monde en lutte et les groupes alter-mondialistes se retrouvent pour échanger des idées, discuter sur des sujets politiques, débattre sur des thèmes d'actualité sociale, économique...

« Beaucoup de personnes, souvent des amis de l'Ustke, sont passés au stand nous rendre visite et discuter. Chaque jour, les mamans arrivaient tôt, préparaient la cuisine. Il y avait du bami, du bougna, du riz, de la soupe, du café et du thé. Les jeunes ont fait un barbecue, des brochettes...On a même fait un peu de kava que les plus curieux ont pu découvrir. Également, on a vendu des tee-shirts, des drapeaux, sacoches à l'effigie de l'Ustke. Très peu d'articles ne nous sont pas parvenus, par contre l'Association Wassapa Art Kanak avait présenté de l'artisanat de Nouvelle Calédonie. Également, nous avions laissé par solidarité un espace pour nos camarades basques comme à chaque année pour vendre leurs produits et informer sur la situation des prisonniers basques », a tenu à souligner Yasmina Kherfi, un des piliers de notre confédération syndicale en France pour cet événement marquant de l'année syndicale. 

(De gauche à droite) Franck Wamalo, Alexis Ucajo, Yasmina Kherfi, Charles N'Gaiohny à une des manifestations de la CGT dans les rues de Paris, début septembre 2013. 

Questions à Franck Wamalo 

Franck Wamalo, SG de la section STKE/Jules Garnier, trésorier de la Fédération Enseignement USTKE, notamment chargé du suivi des carrières des adjoints (techniques/admnistratifs/surveillants d'éducation). 

1/ Pourquoi votre fédération a décidé de vous envoyer à la Fête de l'Humanité 2013 ? 

Franck Wamalo : Une des raisons, c'est d'amener les jeunes à se responsabiliser, découvrir comment c'est la Fête de l'Huma et voir ce qui se passe là-bas.  Aussi, découvrir les autres pays qui sont en voie de décolonisation ou qui sont dans un processus de décolonisation. 

2/ Une fois sur place, quels ont été les temps forts que vous avez retenu ? 

F. W. : Dans les débats faits ou lors des rencontres, on a vu des pays comme le Sénégal. On a beaucoup échangé par rapport à l'État colonial, notamment sur nos propres ressources en matière première, en comparaison du nickel qu'il y a ici et eux là-bas, ils ont le pétrole. Les sénégalais, eux nous prennent comme modèle par rapport à l'usine du Nord. Ils disent qu'on a bien travaillé, que nous détenons 51 % de nos ressources... 

3/ Avez-vous assisté ou participé à des débats ou autres concerts organisés durant la Fête de l'Huma ? C'est une grande fête comme on a l'habitude de l'entendre. 

F. W. : C'est vrai, c'est carrément énorme et c'est une grande fête. Il  y a aussi bien des grands groupes que des petits groupes musicaux, des tremplins musicaux dans les stands. Des pointures de la scène internationale. Des comédiens comme Jamel Debbouze. C'est une grande découverte pour nous. Là-bas, ils voient en grand alors qu'ici on est à l'échelle d'une petite kermesse ou d'une foire. Ce qui nous a frappé, c'est qu'à travers tous les stands, on a vu tous les pays du monde en entier. En faisant le tour des stands, ce qui nous a surpris c'est le fait que de nombreuses personnes cherchaient le stand Kanaky-Nouvelle Calédonie. 

4/ Les rencontres avec les étudiants calédoniens. Avez-vous échangé avec eux ? Dites-nous comment ça s'est passé ? 

F.W. : On a vu  des étudiants calédoniens et on a discuté avec certains d'entre eux. Notamment un, il s'appelle Jimmy. Il est étudiant en anthropologie dans une école gauchiste. Il a trouvé très intéressant cette grande fête qui rassemble plusieurs peuples du monde. Par contre, il nous a dit qu'il était déçu de nos hommes politiques qui ont fait des interventions, des meetings en métropole. A chaque fois qu'ils débattent ou lors des meetings, il en ressort des promesses mais rien de concret. Alors eux là-bas, ils se posent des tas de questions. Quand ils sortent avec leurs diplômes : vaut-il mieux qu'ils restent sur place en métropole ou doivent-ils revenir travailler au pays. 

5/ Par rapport à la situation du pays, avez-vous échangé notamment sur le social, la politique …?  

F.W. : Au niveau social, on leur a dit que si on voulait changer les choses il fallait qu'on soit prêt à vouloir changer.  On leur a dit de se positionner par rapport à un Parti. Pour notre cas, on est un syndicat indépendantiste. On leur a dit : vous êtes diplômés, à vous de faire le nécessaire pour revenir au pays et de travailler pour votre pays. On a rencontré des enseignants kanak qui enseignent la langue française. Ils nous disent qu'ils préfèrent rester sur place car c'est moins cher ... Ils peuvent rester sur place, c'est bien mais ils se font un salaire de 1800 euros (l'équivalent de 200 000 fr CFP). Le problème qui se pose. Quand un professeur de métropole arrive au pays, il se fait un salaire 600 000 fr (l'équivalent de 5000 euros). Il y a souvent un problème d'adaptation de ses enseignants et ils ne connaissent pas forcément nos enfants. Il manque l'aspect pédagogique face à nos enfants. Je leur ait dit :  vous êtes kanak, vous avez de la chance donc vous savez mieux comment il faut agir auprès de nos élèves. On a également parlé des transferts de compétences et de l'indépendance du pays. On leur a répondu que nous sommes dans le processus d'émancipation et on est train de les récupérer et même en tant que syndicaliste. Après on verra au niveau du référendum mais pour nous, on est déjà indépendantiste. On a rencontré aussi bien des étudiants installés depuis 5 ans en France et des personnes qui sont là-bas depuis 30 ans. Ils étaient contents de nous voir. On les a encouragé dans leurs cursus ou leurs formations. 

6/ Vous y retournerez à cette fête ? 

F.W. : Si j'ai de la chance de repartir, j'y retournerai à la Fête de l'Huma. Comme je le disais à mes collègues : en arrivant la-bas, c'est une grande découverte. Ce qui nous a particulièrement choqué, c'est de voir beaucoup d'arabe, d'africain mais peu de français alors qu'en étant ici, ils se permettent de nous donner des leçons. Ça nous a permit un peu de comprendre leur façon d'agir ici. 

Questions à Cédric Gauche 

Cédric Gauche, DP à Bluescope, membre de la section STKE/Bluescope, trésorier-adjoint de la Fédération de l'Industrie USTKE. 

1 / Quel a été le but de votre départ à la Fête de l'Humanité

Cédric Gauche :  En fait, j'ai toujours entendu par d'autres secteurs que la Fête de l'Huma c'était quelque chose d'impressionnant. J'ai eu l'occasion de vérifier ça par moi-même. Effectivement, c'est quelque chose d'imposant. Cette grande fête, c'est une grosse préparation. Le point sombre qu'on retient : c'est que Mina * est seule à faire les préparations, elle est seule à essayer de motiver tout le monde tant bien que mal ! Je lui ai dit que je redescendrai l'information car à elle toute seule ne peut pas tout faire. Il faut déléguer à certaines personnes et ramener du monde à la prochaine fête. Organiser des activités afin d'avoir plus de monde. Pour tout ce qui est logistique, là-bas ce n'est pas comme ici. Ici, tu vas à droite et gauche pour chercher quelques affaires, là-bas tu es obligé de faire des kilomètres pour avoir un barbecue, chercher des nappes, des tables... Il faut lui donner la main. En plus, si on tombe dans les embouteillages. On perd du temps pour rien ! Ça serait bien de prévoir voire améliorer les préparatifs avant qu'une délégation parte pour la Fête de l'Humanité. Et d'être plus en contact avec Mina par rapport à ces besoins concernant les préparatifs.

2/ Cette grande fête a duré trois jours. Qu'est-ce vous retenez des rencontres que vous avez pu faire sur place ? 

C.G : C'est une découverte, c'est quelque chose d'impressionnant la Fête de l'Huma. Il y a des jeunes du pays qui sont partis faire leurs études. En discutant à chaud comme ça avec ces jeunes : on constate qu'il y a un manque de suivi des jeunes quand ils partent de la Nouvelle-Calédonie en allant étudier en France. Ils sont « lâchés » car ils ne sont pas suivis. Ils ne sont pas au courant de ce qui se passe ici, la vie d'ici, comment c'est … En tant que jeunes, ils n'ont pas de suivi syndical. Ne serait-ce que de l'actualité. C'est quelque chose d'important. En discutant avec l'un d'entre eux, il est en Bac +5, il est en science-po. Il continue, il continue. Je lui ait dit : tu vas continuer jusqu'à quand ? Maintenant, il faut rentrer au pays. Avec ce genre de rencontre, on se doit d'être là-bas pour informer de ce qui se passe ici même en tant que délégué ou en tant que SG, notamment sur la situation du pays. Ils sont quand même très politisés, ils ont des idées d'extrême gauche. La majorité de ceux qu'on a rencontré sont noyés dans la politique.  Ils ne mâchent pas leurs mots en terme politique. Eux, ils sont noyés dedans. Ça fait qu'ils n'ont plus de vue sur qu'ils ont vraiment besoin. Ils sont entraînés dans le monde politique sans savoir leur propre besoin. C'est pour ça, je voudrai bien qu'on amène des personnes avec différentes responsabilités afin qu'ils aient un bon dialogue avec les jeunes. Qu'ils essayeraient de répondre à leurs questions et ils n'essayeraient pas  de les amadouer. Et malheureusement, c'est ce qu'ils ont retenu des politiques qui sont venus les voir et qu'ils leurs ont promis des choses... 

3/ Avez-vous fait le tour des stands et participé à d'autres débats ?

C.G : Oui, notamment celui du stand de la CGT qui était un stand immense. Il y avait le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon. On n'a  pas échangé directement avec lui mais on a assisté à un débat très houleux sur la retraite. Il parlaient de la retraite qui irait jusqu'à 67 ans. On était arrivé entre temps. C'était assez chaud vis-à-vis de la CGT et l'ambiance en elle-même était tendue. Il y avait principalement des personnes âgées face aux responsables de la CGT. 

Avant d'aller à cette grande Fête de l'Huma, on a participé à une grande mobilisation de la CGT dans les rues de Paris et le sujet était sur la retraite. C'était assez impressionnant, on voit que la CGT est une grande structure. Ça était très enrichissant pour ma part car voir autant de monde pour ça. C'est impressionnant. 

On a été voir aussi les stands des irlandais, des pakistanais, des réunionnais... C'est vaste. Il faut absolument voir ça et le vivre cette rencontre de cultures venues des quatre coins du monde. 

4/ Dans le stand Kanaky Nouvelle-Calédonie, vous n'étiez pas seuls ? 

C.G. : Effectivement, on n'était pas seul. On avait nos camarades basques qui étaient avec nous. Ils ont partagé notre stand. Et au moment où l'on devait partir, il y a eu un geste d'au revoir de la part des camarades basques. Ça a été un moment très fort. C'est un jeune qui a parlé, il avait les larmes aux yeux. Il a expliqué leur quotidien difficile, la répression qu'ils vivent … en rapport à la politique, au social... Il a vu que nos deux pays même s'ils sont éloignés, on a toujours la même force et la même la façon de voir les choses. Ça été fort ce geste d'au revoir. On avait un peu les larmes aux yeux car ce qu'il disait ça nous a énormément touché. 

Les étudiants calédoniens et amis de l'USTKE de passage au stand de Kanaky Nouvelle-Calédonie. 

*Yasmina Kherfi, représentante de l'USTKE en France, est appelée communément Mina par tous les camarades. 



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