mercredi 28 février 2024

A Actualité syndicale

Le 1er Mai aux couleurs provinciales

La marche du 1er  Mai avait un parfum de grand rassemblement en plein air avant le grand meeting final de Rivière-Salée et à dix jours des élections provinciales du 11 Mai. Un tremplin bien affiché des partis indépendantistes de la province Sud qui ont su se regrouper sous un même slogan «  Construisons notre nation arc-en-ciel ». Une foule multicolore dans les rues du centre-ville de Nouméa, avec l’agitation des drapeaux de notre Organisation et ceux du Front mais noir de monde avec les 2 000 personnes, chiffre annoncé par la sécurité de notre centrale syndicale, 900 selon la police mais peu importe les inconditionnels étaient là.

 

Cette année, les militants et les sympathisants aussi bien de notre Organisation et des partis politiques ont répondu présent à l’appel de l’USTKE. Le Parti Travailliste, l’UC, le Palika, l’UPM, le RDO, la DUS, le P.S étaient invités. En ouverture du cortège, on pouvait y reconnaître des membres du bureau confédéral, des membres du collège honoraire de l’USTKE, accompagnés de quelques responsables indépendantistes. Une fois de plus, le millier de manifestants a défilé aux côtés des responsables. La marche du 1er Mai de l’an dernier s’était présentée sous la forme d’une grande fête agencée par l’Association Mégamiouz dans laquelle les fondamentaux de notre Organisation ont été rappelés tels que la protection de l’emploi local, le rééquilibrage, le contrôle de l’immigration, la formation, l’accès au logement etc.…Les thèmes défendus cette année demeurent toujours les mêmes mais restent profondément ancrés dans le contexte actuel.

 

 

Le cortège a commencé à s’étirer du siège du syndicat à la Vallée-du-Tir avant qu’on aperçoive le premier camion aux abords du parking du CHT. C’est dire la longueur de ce long cortège dédié aux travailleurs du pays mais célébrée que par  l’USTKE. Les manifestants ont longé les abords du quai Jules Ferry puis ils ont remonté une partie de l’Avenue de la Victoire pour bifurquer à l’angle de la Bibliothèque Bernheim en empruntant une partie de l’Avenue Foch jusqu’à atteindre la Place des Cocotiers. La chaleur écrasante a commencé à se faire ressentir au premier kilomètre alors que le matin même, des fines pluies faisaient craindre une marche arrosée sous des trombes d’eau. Au cours du trajet, un soleil de plomb a accompagné les manifestants.

 

 

 

En contournant le kiosque à musique en haut de la Place de la Marne, le début du cortège a fini par filer droit vers l’entrée de la Vallée-du-Tir en laissant derrière lui trois camions accompagnateurs où une sono d’ambiance festive avec un animateur sur chaque camion qui haranguait la foule. Bien entendu entre chaque camion porteur de message à l’intention des militants, on pouvait croiser les camarades du commerce, de l’industrie, du btp, des militants des partis indépendantistes etc. … Pour certains, on les reconnaissait par leurs banderoles respectives qui ne manquaient pas de saluer les passants du centre-ville.

 

 

 

 Une fois arrivé devant le siège du syndicat, le cortège s’est effiloché au fil des minutes qui ont suivi l’arrivée du 1er camion suiveur. Les nombreuses personnes, pour la plupart se sont naturellement orientées vers les stands de boissons rafraîchissantes avec la chaleur épuisante et les habituels stands de restauration n’ont pas désempli de la journée.

Bien entendu, mise à part la marche en elle-même, l’autre moment tout aussi crucial mais porteur de message fort est le traditionnel meeting où d’emblée les dirigeants indépendantistes entendaient convaincre les participants de la marche d’aller voter. Un exercice fort utile. A commencer par Anthony Lecren, directeur de campagne qui a été bref durant son allocution, suivi de Jean-Pierre Déteix pour le P.S dont le message portait sur l’importance de glisser le bulletin jaune des indépendantistes dans l’urne. Il en fût de même pour les autres intervenants. « Nous sommes un peuple en marche, nous sommes la seule liste indépendantiste », a insisté l’élu de l’U.C. Même tonalité pour le porte-parole du P. S, « Il faudra voter la liste,’’ Construisons notre nation arc-en-ciel’’».

Léonard Makalu, représentant du Palika, a remercié longuement l’USTKE pour son combat et invitant une fois de plus la foule à ne pas rater le coche du 11 mai. L’UPM était aussi au rendez-vous dans la tribune des chefs de file des responsables politiques, son représentant a rappelé les acquis sociaux dont les syndicats en sont à l’origine. « La Kanaky est fait de travailleurs, de travailleuses », a-t-il scandé au micro. De son côté, la DUS avec Sylvain Pabouty : «  Si on s’est mis ensemble dans le sud, c’est pour notre unité. Dans le nord et aux Iles, le jeu de la démocratie s’opère.  On peut se permettre de se séparer… Au Sud, pour peser sur les enjeux  c’est important que l’on soit uni. Toutes les forces nationalistes, progressistes dans le Sud se sont mises ensemble dans une seule liste, c’est là où il faut gagner… Là où les enjeux nous attendent pour la dernière mandature (2014-2019)…». Rappelant à son tour,les dossiers essentiels sur lesquels ils devront se pencher s’ils accèdent au fauteuil provincial (valorisation des terres coutumières, réforme globale de la fiscalité, projet éducatif adapté à l’environnement kanak et océanien …).

 

 

Le président du Parti Travailliste, rappelant l’incontournable marche symbolique de l’Organisation syndicale, également président fondateur de l’USTKE : « au fil du temps, la marche de l’Ustke s’est poursuivie, elle s’est étoffée. Trente trois ans plus tard, c’est devenue une très belle marche », en guise de reconnaissance envers ceux et celles qui ont marqué les années de lutte.  « Kanaky 2014, arrive comme vous l’avez prévu ou c’était des paroles en l’air », lui a soulevé une journaliste lors d’une interview précédente. LKU, en réponse lui a indiqué : « Vous savez,  la liste unitaire dans le sud, c’est pour Kanaky 2014. On va gagner la majorité au congrès, on aura la majorité au gouvernement. On va diriger notre pays, nous les indépendantistes. On le fera par la manière démocratique ». « La fin de contentieux colonial, ça sera quand le peuple Kanak colonisé retrouvera sa légitimité, sa souveraineté dans son pays », a-t-il ajouté face au public. « Dans les années 50, la création de l’Union Calédonienne, ça été le premier acte du peuple Kanak vis-à-vis des non-Kanak. Deux couleurs, un seul peuple. Souvenez-vous, à Nainville-Les-Roches en 1983, la reconnaissance réciproque. L’Etat français et les non-indépendantistes ont reconnu que notre pays était un pays colonisé.  Ils ont reconnu le droit inné et actif du peuple Kanak à l’indépendance en contrepartie nous, le peuple Kanak on a reconnu les victimes de l’Histoire. Ceux qui sont là avec nous depuis plusieurs générations…Dans ce lien historique, il y a les métisses qui sont là et beaucoup sont nos familles. Il y a le peuple Kanak et les peuples reconnus par les Kanak », en continuant sur sa lancée en évoquant les deux derniers accords jalonnant les 26 dernières années. « Notre droit, notre légitimité ne se négocient pas. Si demain, il y a l’indépendance les gens seront accueillis. S’ils n’en veulent pas, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent », le leader du P.T a davantage insisté sur la portée de l’indépendance dans un proche avenir. « On marche avec la tête haute car on est chez nous… De toute façon, on est au rendez-vous de notre histoire. A chaque fois que l’on est devant le mur, on sait faire tomber le mur ! », a-t-il dit en guise de conclusion.

 

 

L’animateur, Franck Apock a ensuite introduit Marie-Pierre Goyetche initialement prévue  comme la dernière intervenante au nom de l’USTKE. « C’est un syndicat représentatif car beaucoup d’entre vous nous font confiance… Car vous venez chercher des réponses ». Soulevant par la suite la problématique de l’emploi, du flux migratoire et en général les problèmes liés au social et à la jeunesse. « Lutter contre la vie chère, c’est avoir un emploi… C’est être former, c’est évoluer dans sa carrière, c’est avoir du pouvoir d’achat », a-t-elle signalé. Rajoutant que « l’USTKE est le seul syndicat à se battre pour la fiche de salaire », un clin d’œil au patronat qui ne souhaite pas une augmentation de la valeur du point dans les négociations de branche. « Il y a plus de 6 200 demandeurs d’emploi recensés, 6 sur 10 sont des femmes, 1 sur 3 a un niveau bac, 38 % n’ont pas atteint le niveau CAP, BEPC, 27 % sont des jeunes de moins de 36 ans dont une grande majorité sont des kanak, des océaniens », des chiffres alarmant qui interpellent mais dont le syndicat a toujours dénoncé malgré les efforts faits. Comme ses prédécesseurs à la tribune, la candidate du P.T au sein de la liste unitaire indépendantiste du Sud à appeler à se prononcer massivement pour cette liste dimanche prochain.

 

 

Rock Wamytan, chef de file de la liste unitaire et finalement le dernier orateur du meeting du 1er Mai a insisté pour sa part sur : « Le droit à l’autodétermination est réservé pour le peuple Kanak. Pourquoi ? Car c’est notre pays qui a été colonisé le 24 septembre 1853 par l’Etat Français….Nous avons ouvert ce droit aux autres peuples sans qu’il y ait de profondes discussions. Nous l’avons fait le peuple mélanésien car nous sommes un peuple accueillant, hospitalier….Que ce soit Rock Pidjot, Pierre Declercq, Eloi Machoro, Yeiwéné Yeiwéné, ils l’ont tous dit il y a 30 ans que ce soit en France, à l’ONU, dans le Pacifique.  Le peule Kanak est un peuple mélanésien et il est prêt partager son pays avec les autres. Le droit à l’autodétermination du peuple Kanak que chacun le reconnaisse ! Que cette terre appartient avant tout aux Kanak ! »,  a scandé le grand-chef de Saint-Louis.

«  Nous sommes arrivés à un tournant de notre histoire où il faut finaliser l’Accord de Nouméa, ils nous restent encore quelques années pour le faire », en insistant sur le rééquilibrage, la formation des hommes, des jeunes, la problématique de l’emploi comme l’ont évoqué les précédents orateurs, en mettant l’accent sur la finalisation de l’ADN. Bien entendu, de poser le socle de notre futur pays, en invitant la droite locale, l’Etat Français à fermer la parenthèse coloniale « mais d’ouvrir un nouveau partenariat avec la région Pacifique ».

  

 

 

Dans un ton moins sérieux mais plus festif, la journée s’est poursuivie avec l’animation musicale où divers groupes ont pu s’exprimer sur scène. Inattendue et très intéressante, une démonstration de flash freeze. C’est une sorte d’action spontanée faite par des jeunes interpellant sur un sujet quelconque, cette fois-ci ils ont encouragé les actifs d’aujourd’hui à se prendre en main. Un appel à voter massivement le dimanche 11 mai 2014 pour la liste unitaire des indépendantistes de la province Sud.



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