vendredi 3 décembre 2021

A Actualité syndicale

Retour sur le protocole de fin de conflit lié à l’usine du Sud – Traitement des salariés licenciés

Avant même d’évoquer le contenu du protocole de fin de conflit concernant le traitement des salariés impliqués dans ce conflit pour l’usine du Sud opposant Valé NC au collectif « Usine du Sud = Usine Pays/USUP » pour lesquels l’ICAN (Instance Coutumière Autochtone de Négociations) a tenté d’expliquer, a défendu un projet viable pour les populations du Sud qui avec le soutien et la participation de l’USTKE dans ses démarches d’expliquer le projet de l’usine du Sud comme un projet porteur pour le pays. Faut-il le rappeler que l’USTKE est un syndicat de défense des intérêts des travailleurs, dont la devise est «  Usine, Tribu, même combat », et quoi de plus normal et à juste titre, l’USTKE est fortement impliquée dans la démarche entreprise par les salariés de Valé NC et par l’action du collectif ICAN-USUP dans le processus de cession de l’usine du Sud par la direction de Valé NC.
Les exactions commises sur le site industriel et aux alentours, les responsables syndicaux STKE des mines déplorent les troubles générés lors des tensions autour de la question de la cession de la société Valé NC mais ils s’alignent sur la défense d’un modèle économique profitable au pays et non à un tiers, au maintien des emplois et à la question des enjeux environnementaux. « Tout en sachant que ce ne sont pas des salariés de Valé NC qui sont à l’origine des exactions commises », se défend Léonard Wahmetu, secrétaire fédéral de la Fédération des Mines, de la Métallurgie & des Carrières USTKE, qui répond à nos questions (lire plus bas) concernant le contenu du protocole de fin de conflit. Cet accord préalable a mis fin à cette crise sociale devenue politique par la force des choses. « On rappelle que depuis le lancement de l’usine de Sud, il y a 20 ans, des OPA (Offres Publiques d’Achats) soit 4 à 5 OPA se sont opérées sans prendre en compte l’intérêt du pays et la population locale du Grand Sud, notamment des gens de Yaté », ajoute-t-il.
Interview de Léonard Wahmetu



Quelle est la situation à la suite du conflit à Vale NC ? Un protocole de fin de conflit a mis un terme à cette situation de crise. Qu’en est-il ?
Léonard Wahmetu : « Pour faire un point de situation : Il est vrai que cette semaine (1), on vient de conclure un protocole de fin de conflit. Ce conflit a duré cinq mois puis il y a un accord politique sur lesquels il y a eu des divergences sur les thématiques tels que l’industriel, l’actionnariat, l’environnement. Cet accord politique a pu sortir nos populations dès le 4 mars. On a suspendu notre participation au groupe de travail et on n’a pas signé cet accord politique dû au fait de notre divergence. Par contre, quand il y a eu la signature de cet accord, on nous a laissé le traitement du dossier des salariés c’est-à-dire le volet social dans lequel ils parlaient de réhabilitation des salariés, et non de réintégration. Ce qui est deux choses différentes. On a insisté sur la réintégration des salariés licenciés ! C’est à partir de décembre 2020 qu’on a commencé à traiter le cas des salariés licenciés. Il y a eu pas moins de 67 procédures de licenciements. Non seulement ça, mais il y a eu aussi ceux qui n’ont pas perçu leurs salaires par rapport à leurs absences sur le lieu de travail, par conséquent, ils n’ont pas bénéficié du chômage partiel.
Après cet accord politique du 4 mars, on a discuté dans les groupes de travail du comité de suivi jusqu’au lundi 29 mars pour conclure cette sortie de fin de conflit. Ce protocole a permis d’avoir un éclaircissement sur la situation des licenciés et surtout de permettre la cession de Valé NC. »
Le protocole que vous avez signé dans la nuit de lundi à mardi (2) a-t-il permis de réintégrer l’ensemble des salariés licenciés de l’entreprise ?
Léonard Wahmetu : « Il a permis d’intégrer une bonne partie des salariés licenciés. Sur les 67 cas en procédures de licenciements, on a pu discuter avec la direction de Valé NC sur 33 cas. De les sortir de cette procédure d’entretien disciplinaire au vue d’un licenciement. Sur les 33 cas, la direction est restée bloquée sur une réintégration d’où une médiation des membres de la province Sud et du groupe FLNKS au sein de la province Sud. Les discussions étaient assez dures mais elles ont continué à se dérouler sur une semaine. Donc, ça a permis, à notre sens, de mettre en quelque sorte la pression. Notre souhait, c’était de réintégrer les 33 personnes tout sachant que tous les motifs sont diverses et variés. Il y a eu le point extrême, c’est-à-dire les huit personnes qui ne pourront pas réintégrer l’entreprise, selon les positions de la direction de Valé NC. Suite aux discussions, aux négociations très ardues, 26 personnes devront réintégrer au plus tard le 15 juin de cette année. Il restera huit cas à traiter durant la quinzaine d’avril au sein du comité arbitral.
Il y avait aussi le cas de ceux qui sont en situation de chômage partiel et ceux qui n’ont pas pu en bénéficier de ce traitement. Cette problématique sera évoquée en interne car beaucoup font partis de nos adhérents. Ce sont ceux  qui sont sous le coup d’une procédure dont beaucoup sont issus de la population de Yaté. D’où notre acharnement de se battre car ce sont des gens de l’endroit. C’est une légitimité. La confédération est allée dans le sens de l’accompagnement auprès de l’ICAN pour défendre le modèle économique, le défi sociétal, les emplois, l’outil de travail, l’environnement. Même si c’est justifié les condamnations pour certaines personnes, on ne peut pas retirer la légitimité des enjeux défendus quels soient politique, sociétal, économique, social, environnemental.  »
Quel est votre avis sur l’actionnariat et la cession de Valé NC ?
Léonard Wahmetu : « Avant qu’on entre dans le conflit, il y avait déjà une préconisation de l’actionnariat. Des discussions avaient eu lieu avec l’actuel directeur qui par la suite fera l’objet de ce conflit entres autres ... Il y a eu quatre actionnaires principaux (Etat, Valé NC, Institutions locales) avec les salariés à hauteur de 25 %. Initialement, on s’était inscrit dans l’actionnariat salarial pour sauver les emplois, l’outil de travail, l’environnement. Ce que je trouve dommage c’est que monsieur Beurrier n’a pas été transparent dans sa démarche  initiale avant le compromis de vente … De quatre, c’est passé à sept actionnaires. Dans ses démarches, il n’y avait pas encore le nom de Trafigura d’où le blocage sur l’industriel ! Les tensions étaient assez fortes après août 2020 sur le fait de trouver un industriel à la hauteur des enjeux. La préconisation annoncée et soutenue par l’ICAN, le Collectif et l’USTKE d’un éventuel repreneur industriel, Korean Zinc – Sofinor, a conduit à des blocages très durs sur le terrain, et par conséquent ça a abouti à un point bloquant vis-à-vis de la province Sud. Car c’est quand même elle, l’entité en termes de pouvoirs dans le domaine de la mine. Dans le compromis de vente au moment du premier jet de l’actionnariat salarial, il y avait cette configuration des parts (50 % pays -50 % consortium). La mobilisation sur le terrain a permis de basculer le pays en positon majoritaire à 51 % et le consortium à 49 %. Donc les fiduciaires sont revenus à 21 % des parts mais dans lesquels on a pu intégrer les salariés (12 %) et les gens de l’endroit (9 %). Dans l’entité pays (51 %), il y a aussi les  30 % de la SPMSC* (Société de Participation Minière du Sud Calédonien), et les 19% vont vers Trafigura et 30 % pour Prony Ressources. Donc voilà, comment c’est monté l’actionnariat qui deviendra Prony Ressources.
Cette mobilisation et cette pression que l’on a pu amener, si d’ici trois ans les résultats ne sont pas escomptés, on pourra donc revoir l’accord. Ainsi ramener à un industriel spécialisé dans l’hydrométallurgie.
Trafigura, c’est l’actuel industriel choisi mais ceux qui feront l’opération, c’est Terrafame dont Trafigura est actionnaire. Le traitement du NHC est confié à Tesla, une entreprise américaine spécialisée dans la fabrication des batteries. »
Au vue des revendications portées dès le départ qui sont passées par la case des mobilisations sur le terrain pour en arriver à ce que le pays détienne 51 % des parts. C’est un aboutissement, quelle est votre analyse ?
Léonard Wahmetu : « C’est un combat qui valait certainement plus. Je pense que l’essentiel a été fait. Il faut rajouter que les titres miniers appartenaient à Valé Canada. A présent, on a obtenu la rétrocession des titres miniers sans payer quelque chose. Il y aura une retombée financière à des structures locales telles que Sud Nickel. Cela va permettre à cette nouvelle entité, Sud Nickel de louer le site, le sous-sol à Goro Ressources. Ce qui représente une plus grande considération de nos sous-sols miniers. A chaque étape du process, que ce soit à l’extraction du minerai, à la vente et au raffinage du produit, le paiement aura lieu à chaque étape. C’est une grande opportunité pour les générations futures. »

(1): semaine du 29 mars (du 29/03 au 04/04/2021)
(2): nuit du 29 mars à 30 mars 2021
(*): SPMSC – Société de Participation Minière est composé des représentants des trois provinces
 

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